Players Matters - Christmas 2025
La Coupe du Monde féminine a été le joyau de la couronne mondiale du rugby cette année. La victoire de l’Angleterre, à domicile, contre une résiliente équipe canadienne de grande qualité a été la superbe conclusion d’un tournoi qui a battu des records sur tous les plans. L’un de ces records a concerné la conformité aux protège-dents instrumentés (IMG), que nous utilisons désormais dans le rugby de l’élite depuis quatre ans, pour mesurer les accélérations de la tête associées aux impacts à la tête. Dans le cadre de cette Coupe du Monde, 90 % des joueuses portaient ce protège-dents, générant plus de 20 000 événements d’accélération de tête (HAE) tout au long du tournoi. Nous avons également réussi à insérer un indicateur LED sur l’appareil, améliorant ainsi la reconnaissance sur le terrain des joueuses ayant subi un impact important à la tête.
Lorsque nous avons introduit ces protège-dents IMG dans notre sport, avec un objectif à long terme clair : soutenir une meilleure gestion de la charge. Le principe selon lequel « on ne peut pas gérer ce qu’on ne mesure pas » a guidé ce travail dès le départ. À mesure que notre attention s’est étendu au-delà de la seule commotion, il est devenu de plus en plus important de comprendre le profil complet des impacts à la tête subis par les joueuses et les joueurs, et pas seulement les événements les plus graves.
Au cours des deux dernières années, nous avons franchi des étapes importantes vers cet objectif. Les protège-dents IMG ont été imposés dans le cadre du processus HIA début 2024 pour augmenter la conformité au-delà de 70 %. Une fois ce point de référence atteint, nous avons collecté des données sur plus de 250 000 HAE, soit une moyenne d’environ 600 par match. Il est important de noter que cette échelle de données nous a permis de passer de la mesure à l’action dans la pratique.
Passer de la mesure à la gestion
L’un des résultats a été l’élaboration d’un ensemble de recommandations à travers un processus de consultation rigoureux dirigé par l’Université Beckett de Leeds et approuvé par notre groupe de travail sur les commotions cérébrales. Ces recommandations identifient les joueurs qui subissent systématiquement des charges d’HAE supérieures à la moyenne et soutiennent des interventions ciblées pour réduire leur exposition. Ces interventions peuvent inclure la gestion de l’exposition en match et la mise en place de modifications basées sur la technique visant à réduire le risque d’accélérations de la tête. Un article décrivant le processus et les recommandations détaillées a été soumis à la revue médicale British Journal of Sports Medicine, dont la publication est attendue début 2026.
Parallèlement, nous avons lancé un projet axé sur la manière dont les données d’accélération de la tête peuvent être intégrées au développement à long terme des joueurs (et joueuses). Les premières données provenant des protège-dents IMG ont montré qu’environ seulement 50 % des plaquages et charges avec le ballon, ainsi que 30 % des rucks, ont entraîné une HAE supérieure à 10 g – démontrant ainsi qu’un contact ne conduit pas automatiquement à une accélération de la tête. Nous avons également observé une variation substantielle entre les joueurs, même lorsqu’ils jouaient au même poste et participaient à un nombre similaire d’événements de contact.
Ces résultats représentent une importante opportunité : en identifiant les joueurs qui semblent relativement « protégés » contre les HAE, nous pouvons commencer à comprendre ce qui contribue à cette protection et appliquer ces connaissances à des joueurs qui paraissent plus vulnérables. Ce projet est désormais en cours, l’année 2026 étant axée sur la traduction de nos connaissances médicales et scientifiques en un langage pratique qui sera utile pour les entraîneurs et les joueurs, pour s’assurer que ce travail réponde à leurs besoins et encourage une véritable collaboration.
Introduction du protège-dents IMG dans le rugby de la base
Notre utilisation des protège-dents IMG s’étend également au-delà de l’élite. Après avoir mené une première étude sur le rugby de la base en 2021, nous nous tournerons à nouveau vers ce contexte du rugby de la base (amateur) en 2026 avec une étude mondiale qui couvrira au moins cinq pays. L’objectif sera de mesurer les accélérations de la tête chez les jeunes et les adultes, et d’utiliser ces données pour déterminer de meilleures stratégies de prévention et une meilleure gestion de l’exposition aux impacts à la tête à tous les niveaux du jeu.
Hauteur du plaquage dans le rugby de la base
En ce qui concerne ce rugby de la base de manière plus générale, notre étude mondiale sur la baisse de la hauteur des plaquages est désormais terminée. Cette étude a impliqué onze fédérations et plusieurs analystes vidéo, qui ont collectivement codé plus de 150 000 plaquages pour comparer les règles du jeu sur le plaquage à hauteur des épaules et à hauteur du sternum. Il y a deux semaines, World Rugby a annoncé que la baisse de la hauteur du plaquage passerait du statut de règle expérimentale à Règle du jeu complète dans le rugby de la base. Cette décision a été informée par les résultats de l’étude, qui ont montré de petits mais significatifs changements positifs dans le comportement au plaquage, entraînant moins d’impacts à la tête tant pour les plaqueurs que pour les porteurs de ballon.
Les résultats de cette étude ont inspiré une expérimentation dans le cadre du Championnat du monde des moins de 20 ans en 2026, dans le cadre duquel la règle de la hauteur du plaquage au sternum sera également appliquée. Nous sommes impatients de voir comment cette baisse de la hauteur va interagir avec tous les autres outils et « leviers » du rugby de l’élite pour changer les comportements, et nous ferons un rapport sur nos conclusions de cette expérimentation à la mi-2026.
Réflexions sur 2025 – une année de transition
Deux leçons ressortent de l’année écoulée.
La première est la patience. Entre 2021 et 2025, un travail énorme a été consacré à la construction des systèmes, des partenariats et de la conformité nécessaires pour collecter des données de haute qualité des protège-dents IMG. Dans de nombreux cas, les connaissances sur lesquelles nous agissons aujourd’hui proviennent de données collectées il y a plusieurs années. Bien que cela puisse donner l’impression d’innover en temps réel, la réalité est que nous avons obtenu le droit de provoquer un changement significatif en posant des bases solides. L’année 2025 représente donc un point de transition important, passant de l’apprentissage et de la mesure à l’action et à l’application dans la pratique.
La deuxième leçon porte sur l’importance du langage et de la propriété partagée. Pour réaliser toute la valeur qu’apportent ces protège-dents IMG, nous devons traduire les connaissances médicales et scientifiques en thématiques, priorités et langages qui résonnent auprès des entraîneurs et des joueurs. L’année 2026 va nous fournir l’opportunité de mener à bien ce parcours. Après avoir construit les systèmes, collecté les données et tiré des leçons, notre attention se porte désormais sur la manière dont ce travail est compris et appliqué. En nous alignant avec les entraîneurs et les joueurs autour du bon langage et des priorités partagées, nous pouvons garantir que les protège-dents IMG ne sont plus seulement des outils de mesure mais deviennent les moteurs significatifs pour une meilleure prise de décision, une pratique plus sûre et une amélioration des performances à tous les niveaux du rugby.
Alors que cette année touche à sa fin, je souhaite à toute la communauté mondiale du rugby une joyeuse saison des fêtes. Que vous fêtiez Noël, profitiez du rugby pendant ces fêtes ou preniez simplement le temps de vous reposer, que cette saison vous apporte bonheur et connexion. Nous avons hâte de poursuivre les progrès réalisés cette année en 2026, en œuvrant ensemble pour rendre le rugby plus sûr, plus fort et encore plus agréable pour tous.