L'histoire de Stéphanie Cuvelier commence comme tellement d'histoires : par un coup de foudre. En l'occurrence celui de son père, Belge parti pour Hongkong il y a trente ans. Arrivé pour raisons professionnelles, il est resté par amour et, avec son épouse, ils ont eu quatre filles, dont Stéphanie en 1991. C'est à Hongkong qu'elle découvre le rugby à 7 alors qu'elle est au lycée.

« Ma grande sœur a commencé à y jouer sur conseils de son prof », explique-t-elle dans un entretien à World Rugby. « Et comme généralement les petites sœurs copient ce que font les grandes, alors je m'y suis mise aussi. Et finalement, on a vu qu'on se débrouillait pas trop mal et on y a pris beaucoup de plaisir ! »

Face aux stéréotypes

A 17 ans, Stéphanie intègre l'équipe de rugby à 7 de Hongkong des moins de 20 ans ; une équipe qui, la même année, sert de réservoir pour constituer l'équipe nationale féminine qui sera chargée de disputer le désormais mythique Hongkong Sevens en 2009. « Après ça, il y a eu les Asian Games en 2010 », raconte Stéphanie qui profite de cette éclosion rapide en jouant sur les deux tableaux, 7 et XV.

« Avec le XV, ça allait de pair. Au niveau club à Hongkong, on ne pouvait jouer qu'au XV car le Sevens est plus un sport de pré-saison. J'ai eu la chance de jouer à XV en tant qu'arrière et, honnêtement, je préfère largement jouer à 7 car j'adore avoir de l'espace pour courir ! »

Avec son petit gabarit et son agilité sur le terrain, elle fait face aux remarques stéréotypées habituelles du genre « pas assez costaud pour jouer au rugby ». « Chaque sport peut avoir ses stéréotypes, mais ça se résume souvent à la présentation esthétique de l'individu par opposition à un véritable intérêt pour le sportif et son talent », estime-t-elle.

« Je pense que c'est étroitement lié à l'idée fausse selon laquelle les femmes ne peuvent tout simplement pas faire du sport aussi bien que les hommes, car les femmes sont inférieures aux hommes en termes de force et de vitesse. Je ne dis pas que nous jouons sur un pied d'égalité, car en termes très simples, nous nous distinguons souvent par quelque chose de très évident… la taille ! »

Sa philosophie du sport

"Le sport a été l'un des meilleurs professeurs de ma vie..."

Stéphanie Cuvelier

Sa carrière à 7 et à XV avec l'équipe de Hongkong s'étire en alternance avec le netball, dans un premier temps de 2007 à 2010, année où Stéphanie part en Australie, à l'University of New South Wales à Sydney. A son retour trois ans plus tard, elle reprend le 7 à un niveau pro cette fois et fait partie de l'équipe nationale du Hong Kong Sports Institute.

Elle met fin à sa carrière de joueuse à temps plein en 2016, juste après avoir participé au tournoi de repêchage pour les JO de Rio fin juin de cette année-là. Ce qui la motive alors, c'est la passion, pas l'argent ni le contrat.

Elle ne fait donc pas partie de l'aventure irlandaise lors de la Coupe du Monde de Rugby 2017 où une autre francophone, Amélie Seure, est retenue dans l'équipe nationale. « Il y a tellement de francophones dans notre club de rugby », sourit Stéphanie. « Vous savez, Hongkong, c'est un melting pot extraordinaire ! C'est toujours bien de passer du temps avec Amélie et d'entendre parler français, mais l'anglais reste ma première langue et c'est pour ça que je préfère parler anglais. »

Devenue kiné et préparatrice physique, Stéphanie prend aujourd'hui du plaisir à accompagner les autres vers leur bien-être personnel, aussi bien physique que mental.

« Non seulement le sport repousse les limites de votre corps, mais il teste également votre courage mental et votre caractère. Le sport en général peut vous pousser à chaque étape, mais il s'agit toujours de la façon dont vous choisissez de faire face aux situations qui vous définit en tant que personne. Il y a tellement de leçons à tirer du sport et je pense vraiment qu'il a été l'un des meilleurs professeurs de ma vie », assure-t-elle.