Tant d'années après, l'épique quart de finale de la France gagné contre les All-Blacks au Millennium Stadium de Cardiff lors de la Coupe du Monde de Rugby 2007 est encore dans toutes les têtes. Un instant magique, incroyable, dont il faut chercher la motivation assez loin.

Car il y avait eu un précédent : la demi-finale de la Coupe du Monde 1999 à Twickenham remporté 43 à 31 par les Tricolores. Un modèle de ce que l'on nommait alors le french flair. Fallait-il y voir la même chose en 2007 dans le chaudron de Cardiff lorsque le XV de France l'emporta sur le fil 20-18 ?

Les Français étaient comme habités, possédés, hors d'eux-mêmes, lançant des vagues incessantes contre les Blacks. Tout donner, quitte même à les mettre en danger pour le reste de la compétition, comme la suite le révélera.

« Nous savions que nous pouvions battre les All-Blacks, mais on savait aussi qu'il fallait que l'on défende d'une autre manière », a expliqué David Ellis, l'ancien entraîneuradjoint du XV de France chargé de la défense lors d'une interview à World Rugby TV.

« En première période, nous avions conservé notre organisation de défense classique en plaquant les joueurs les uns après les autres. Mais en deuxième période, nous avons opté pour la défense dite de l'étranglement : deux plaqueurs sur le porteur de balle pour le garder sur ses pieds et l'empêcher de passer la balle. Du coup, les Blacks étaient contraints de faire venir plus de joueurs dans les rucks ce qui a eu pour effet de réduire leurs options d'attaque. Et cette technique a payé. Ce que nous avons accompli contre les All-Blacks a été phénoménal. Les statistiques ont montré que la moité de l'équipe comptait jusqu'à 25 plaquages chacun. »

La motivation... sur le parking de l'hôtel

"Même Nicolas Sarkozy a mis son grain de sel en nous disant ce qu'il fallait dire aux joueurs pour les motiver encore plus."

David Ellis

Une escapade au pays de Galles, associée à la pression qui pèse sur le pays d'accueil de la Coupe du Monde, a sans conteste joué dans cette performance.

« Personne ne nous donnait la moindre chance contre la Nouvelle-Zélande. Nous avions d'ailleurs dit, dès notre arrivée à Cardiff, que ce qui devait arriver arriverait », révèle David Ellis.

« Le lundi matin de notre premier entraînement, le bus est tombé en panne avant de quitter l'hôtel et nous avons dû attendre qu'un autre arrive. Pendant ce temps-là, Frédéric Michalak a commencé à jouer à touche rugby sur le parking de l'hôtel. Ça a déstressé tout le monde alors qu'il y avait une pression énorme à la fois par le public et par nous-mêmes.

« Bernard Laporte quittait le XV de France après la Coupe du Monde de Rugby pour devenir Ministre des Sports. Il y avait donc pas mal de ministres autour de nous à ce moment-là. Même Nicolas Sarkozy a mis son grain de sel en nous disant ce qu'il fallait dire aux joueurs pour les motiver encore plus.

« Si les joueurs avaient pris du plaisir dans la compétition comme ils l'avaient fait en 2003, ça aurait été beaucoup mieux. Au début, on s'entraînait à Marcoussis puis ensuite nous étions isolé au dernier étage des hôtels. On ne voyait le public que pendant les entraînements. »

Le vieux coup de la pluie

La victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande a conduit à un match contre l'Angleterre, comme lors du tournoi précédent. Et comme en 2003, la rencontre s'est terminée sur une défaite tricolore.

« S'il n'avait pas plu en 2003, le score aurait sans doute été différent », estime David Ellis aujourd'hui. « Nous nous étions entraînés toute la semaine sous le soleil, mais il avait commencé à pleuvoir le matin du match. Et ça n'a pas arrêté. La pluie s'est même intensifiée au fil des heures.

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« Phil Vickery et Trevor Woodman, que j'avais un temps entraîné à Gloucester, m'ont confié depuis qu'à mesure que la pluie tombait, leurs espoirs grandissaient. C'est marrant car toutes les fois précédentes que nous avons joué en Australie, il faisait un temps superbe et nous avions marqué beaucoup de points. Jusqu'à cette fois. »

La déconvenue s'est répétée en 2007 lorsque l'Angleterre mit à mal la France en tirant un peu trop sur la corde des joueurs.

« Après le match contre la Nouvelle-Zélande, nous avions besoin de mettre du sang neuf dans l'équipe, mais on ne l'a pas fait. L'Angleterre nous attendait au tournant et dès le début du match Josh Lewsey a marqué en coin (notre photo) après un mauvais rebond devant Damien Traille », se rappelle David Ellis.

« L'Angleterre nous a posé des problèmes différents de ceux des All-Blacks. Je pense sincèrement que si nous avions eu un vrai bon arrière ce jour-là, l'essai n'aurait sans doute pas été marqué.

« Mais les Anglais en ont profité et Jonny Wilikinson a fait ce qu'il faisait depuis des années, taper la balle et marquer des points pendant que nous laissions filer des occasions... »