Lorsque la double athlète olympique Sheila Chajira a commencé à jouer au rugby, son équipe n'avait pas de préparateur physique, et encore moins de femme.
L'entraînement n'était pas nécessairement une voie que les joueuses du Kenya considéraient comme possible pour elles, car elles travaillaient presque exclusivement sous la direction d'hommes.
Mais c'est une perception que l'internationale féminine kenyane de rugby à sept et de rugby à XV, Sheila Chajira, espère faire évoluer au moment où elle entame son propre parcours en tant que préparatrice physique.
En novembre, Sheila a participé à une formation de préparateur physique de niveau 1 de World Rugby organisée par la Fédération kenyane de rugby (KRU) à Nairobi et destinée spécifiquement aux femmes et aux jeunes. Sur les 11 participants, quatre étaient des femmes.
« J'ai décidé de me lancer dans la préparation physique parce qu'il n'y a pas de femmes dans ce domaine, et je souhaitais faire partie du premier [groupe] », explique Sheila Chajira à World Rugby.
« C’est difficile pour une équipe féminine d'avoir un préparateur physique et c’est plus facile pour une préparatrice physique de se trouver dans une équipe féminine. C'est donc pour cela que j'ai décidé de me lancer là-dedans, pour faciliter la tâche aux équipes féminines.
« Je considère que c'est une question de compréhension féminine... une femme comprend mieux une autre femme. Tous les hommes ne comprennent pas ce que font les femmes, la façon dont elles traitent leur corps [lorsqu'elles] ne se vont pas bien.
« Il ne comprendra pas aussi finement ce qu'elle ressent. Pourquoi ressent-elle ça ? Pourquoi ne peut-elle pas faire ceci ou cela ?
« Donc, pour une femme, comprendre une autre femme, c'est plus facile et cela rend le travail plus simple. »
Sheila Chajira a représenté le Kenya aux Jeux olympiques de Rio 2016 et de Tokyo 2020 et affirme que le fait d'avoir un préparateur physique dédié « a eu un impact considérable sur le terrain » car cela a donné du « courage » aux joueuses pendant les matchs.
Le courage est quelque chose que Sheila veut maintenant transmettre à la prochaine génération de joueuses de rugby au Kenya.
Bien qu'elle ne soit pas encore tout à fait prête à raccrocher les crampons, la jeune femme de 28 ans a commencé à penser à l'avenir et veut contribuer à encourager davantage de jeunes femmes et de filles à faire du sport.
« Je veux m'assurer que les filles soient assez motivées pour faire du rugby, même si les gens disent souvent que c'est un sport masculin », dit-elle.
Faire la différence
Traditionnellement, les femmes kenyanes sont initiées au rugby au lycée ou à l'université, mais Chajira rêve de voir une génération de jeunes filles jouer depuis qu’elles ont l’âge d’aller à l'école jusqu'à l'équipe nationale.
Après avoir commencé à travailler bénévolement dans une académie de Kibera, le plus grand bidonville de Nairobi, elle espère pouvoir dénicher quelques talents tout en offrant aux jeunes une échappatoire aux problèmes de leur vie quotidienne.
« Beaucoup de choses se passent dans les bidonvilles », admet Chajira. « Mais ils savent que le samedi matin, ils vont jouer au rugby.
« Ainsi, lorsqu'ils rentrent chez eux, ils sont toujours concernés par ce qu'ils ont fait, ça leur permet de les éloigner de leur stress. Peut-être n'ont-ils pas mangé la veille ou ne savent-ils pas ce qu'ils vont manger le lendemain.
« Au moins, vous les éloignez de cet environnement pendant un certain temps. »
Chajira a été « très impressionnée » par les filles avec lesquelles elle a travaillé. « Je peux voir leur progression », assure-t-elle.
« Je peux percevoir la détermination des personnes qui ont pour objectif de peut-être jouer dans l'équipe nationale, car c'est l'objectif de chaque fille qui joue au rugby au Kenya.
« Au moins, en les voyant heureuses, vous pouvez leur parler de ce qui se passe dans leur famille et cela vous aide même à avoir le sentiment d'avoir un impact dans la vie de quelqu'un. »
« À TOKYO, NOUS ÉTIONS PRÊTES »
Cela doit être une source d'inspiration pour ces jeunes joueuses aussi de pouvoir apprendre de quelqu'un qui a atteint non seulement son objectif de représenter le Kenya mais de le faire sur la scène olympique.
Le Kenya a terminé 10e à Tokyo, soit une place de mieux qu'à Rio cinq ans plus tôt. Chajira a participé aux dix matchs de son pays lors des deux Jeux.
« À Rio, nous étions juste ravies de participer aux Jeux olympiques », se souvient-elle. « Mais la deuxième fois, à Tokyo, nous étions prêtes, nous nous étions très bien préparées pour le tournoi.
« Du moins, nous y sommes allées en sachant quels étaient nos objectifs, ce que nous attendions. On savait donc ce qu'on allait faire. »
Chajira a également représenté son pays à XV, s'alignant sur la troisième-ligne des Lionnes contre l'Afrique du Sud en août dernier.
Elle ne faisait pas partie de l'équipe qui a perdu contre la Colombie à Nairobi ce mois-là, mettant fin aux espoirs de qualification pour la Coupe du Monde de Rugby 2021, mais elle voit des raisons d'être positive alors que le Kenya attend toujours sa première participation à un tournoi.
« C'était une leçon, non seulement pour les joueuses mais aussi pour la Fédération de rugby du Kenya », constate Chajira. « Je suis très fière de ces filles parce qu'elles ont décidé de se donner à fond.
« Elles ont travaillé très dur. Nous aurions aimé être avec toutes les équipes qui se sont qualifiées pour la Coupe du Monde de Rugby et y participer pour la première fois.
« Nous aurions été la première équipe de rugby du Kenya à se qualifier et à participer à la Coupe du Monde, ce qui aurait été une grande réussite pour nous.
« Malheureusement, ce qui s'est passé est décevant, mais c'est un tremplin. Nous savons ce que nous devons faire ensuite, ce sur quoi nous devons travailler. »