Cela fait déjà 29 ans que les USA ont remporté la première édition de la Coupe du Monde de Rugby féminin. C'était le 14 avril 1991 à l'Arms Park de Cardiff face à l'Angleterre, sur le score 19-6.

Deux jours avant, les Anglaises avaient battu l'équipe de France 13-0 et les États-Unis l'avaient emporté sur la Nouvelle-Zélande 7-0 au terme d'un match intense.

Ce sont les Anglaises qui ont ouvert le score de la finale à la 16e minute grâce à un essai dé pénalité suite à une mauvaise action de l'Américaine Claire Godwin et transformé par Gill Burns. Mais très vite les Américaines se sont révélées plus fortes que leurs adversaires, dominant la rencontre de bout en bout. En seconde période, Godwin et Patty Connell ont marqué chacune un doublé qui ont mené à la victoire.

« A y repenser aujourd'hui, on leur a donné pas mal de points », se souvient la numéro 8 d'alors, Gill Burns. « On aurait dû gagner ce match. On était meilleures qu'elles, mais elles n'ont pas arrêté, elles ne se sont pas laissé faire et ne lâchaient rien. »

Aux côtés de la vice-capitaine Carol Isherwood et de la flanker Janis Ross, Gill Burns a été engagée dans une bataille intense face à Morgan Whitehead et Kathy Flores. Pour Carol Isherwood, la nature du deuxième essai de Claire Godwin, après une touche rapidement jouée, pourrait résumer la situation des deux équipes ce jour-là.

« Je me souviens juste qu'à la moitié du match, lorsqu'il y a eu une touche, les gens ont regardé notre équipe et ont vu que les filles n'étaient pas aussi concentrées » se souvient Carol Isherwood. « Je pressentais qu'elles allaient jouer la touche rapidement. Et je me souviens avoir couru et avant qu'on s'en aperçoive, elles avaient lancé le ballon et elles ont marqué. »

Émotion et fierté

La défaite a été particulièrement difficile à digérer pour la talonneuse anglaise et membre du comité d'organisation, Sue Dorrington. En tant que responsable commerciale, elle a travaillé sans relâche avec la présidente Deborah Griffin, Alice Cooper et Mary Forsyth pour s'assurer que tout se passe du mieux possible pendant toute la durée de la compétition.

En plus de ses engagements au sein du comité, l'avant née dans le Minnesota était à temps complet par ailleurs mais son envie de jouer pour l'Angleterre était plus forte que tout. Grâce au travail effectué avec un coach personnel et un préparateur physique, elle a pu mener tous les chantiers de front dans l'année qui a précédé la Coupe du Monde.

« Je me souviens d'une grande émotion, mais aussi d'une grande fierté. On voulait toutes tellement gagner », confie Sue Dorrington. « Je pensais que nous étions prêtes, mais je pense aussi que toutes les filles ne l'étaient pas pour cette finale. Et en plus, jamais nous n'avions joué dans un stade aussi rempli que cette fois-là ! »

Les organisateurs tablaient sur 6000 spectateurs à Cardiff pour retomber sur leurs pieds et même s'il n'y en a eu que la moitié ce 14 avril, c'était quand même une grosse affluence pour un match de rugby féminin à cette époque.

« J'étais tellement frustrée, surtout parce que je pense qu'on pouvait gagner, mais surtout de leur avoir donné tant de points », confie Gill Burns. « Mais si c'était à refaire, je voudrais y retourner, c'est sûr. »

Une belle fête avant tout

Sam Robson, la centre de l'Angleterre, était aussi chargée du merchandising à la fois pour la Coupe du Monde et la fédération féminine. « Je voulais que ce match-là soit le plus grand match de rugby féminin qu'on n'ait jamais vu », insiste-t-elle. « Je voulais que ce soit une vraie vitrine de ce que les filles sont capables de faire à ce niveau. Et ça, pour moi, c'était même plus important que de gagner le match.

« Car on savait que les cinq prochaines années du rugby féminin dépendraient de cette rencontre et si personne ne jouait bien et qu'il y avait trop de fautes, alors ça pouvait être dommageable pour le rugby en lui-même.

« Mais qu'on ne se méprenne pas. Je voulais évidemment gagner ce match, mais j'avais aussi d'autres responsabilités et d'autres casquettes avec la fédé et l'organisation. Je souhaitais une victoire de l'Angleterre, mais aussi que ce soit un superbe match. »

Sam Robson a accompli presque tout ce qu'elle souhaitait ce jour-là et a pu raccrocher les crampons l'esprit léger après la finale. Gill Burns et Sue Dorrington ont pu avoir leur revanche trois ans plus tard lorsque l'Angleterre – Carol Isherwood se trouvait alors dans le staff – a battu les USA 38-23 en finale à Édimbourg pour remporter la RWC 1994.