TOKYO, le 28 octobre - En 2007, Bryan Habana a époustouflé le monde entier. Rien que ça. Le natif de Benoni, une localité de la banlieue de Johannesburg, n’avait que 24 ans au début de la Coupe du Monde en France. Mais comme pour tout, il est allé très vite. Trop vite pour le reste du monde.
En seulement 80 minutes, Bryan Habana avait donné le ton. Pour l’entrée en lice des Sud-africains dans la compétition, l’ailier avait tout seulement inscrit un quadruplé face aux Samoans. Il rajoutera deux doublés face aux États-Unis et l’Argentine pour atteindre le cap de huit essais. Avant lui, seul un homme avait été aussi prolifique en Coupe du Monde : le légendaire Jonah Lomu, en 1995.
Habana restera muet en finale, mais l’essentiel était ailleurs : les Boks s’imposeront au Stade de France face à l’Angleterre (15-6) pour le deuxième titre de l’histoire de la nation arc-en-ciel. Figure de proue de ce triomphe, l’ailier est logiquement sacré meilleur joueur du monde à la fin de cette année.
La flèche qui ne ratait pas la cible
Habana, c’est avant tout une vitesse de pointe qui laissait sur place ses adversaires. S’il n’était pas un monstre physique (1,83m, 93 kg), le Springbok était un véritable éclair sur le terrain, chronométré à 10"2 au 100 mètres. Ses jambes supersoniques avaient d’ailleurs impressionné le monde du rugby à VII, où il fera ses débuts en équipe nationale. 'Dash' (la flèche, son surnom) était également un redoutable finisseur. Au cours de sa carrière, il a inscrit 67 essais, ce qui en fait le deuxième meilleur marqueur de l’histoire de son sport (à deux unités du Japonais Ohata).
Sa capacité à effectuer des interceptions, couplée à sa pointe de vitesse, en faisait une arme fatale. De fusée en attaque, il pouvait aussi se muer en défenseur discipliné et plaqueur infatigable. Un joueur assez complet donc, dont la polyvalence pouvait s’expliquer par ses débuts dans le rugby en tant que centre et demi de mêlée.
Fan de Lomu
Au total, Bryan Habana a honoré 124 sélections avec les Springboks et a participé à trois éditions de la Coupe du Monde : 2007, 2011 et 2015. Il y a inscrit 15 essais, égalant le record de Jonah Lomu dans la compétition (le Néo-zélandais avait cependant réalisé cet exploit en seulement deux éditions). Peu de choses auraient pu faire autant plaisir à l’intéressé que cette comparaison avec l'autobus All Black. « Il a été un modèle pour moi, a confié Habana. Le voir démolir l’Angleterre à la Coupe du Monde 1995 et devenir une star mondiale... Je n’oublierai jamais cette compétition, où j’étais là à chasser les autographes. »
En club, le Springbok a fait le bonheur des Bulls (où il décroche deux titres de Super Rugby) et des Stormers, avant de poser ses valises à Toulon de 2013 à 2018. Sur la Rade, il a garni encore un peu plus son armoire à trophées en remportant un Bouclier de Brennus et deux titres de champions d’Europe. Il a mis un terme à son immense carrière l’an passé, à 34 ans, la faute à un genou qui coinçait définitivement trop.
Mais le rugby n'est pas prêt d'oublier la célérité d'une flèche qui ne manquait (presque) jamais sa cible.
RNS eb/sc