Pour World Rugby, le spécialiste du rugby à 7 Jean-Baptiste Gobelet décrypte les sept points importants du tournoi du Cap, en Afrique du Sud, deuxième tournoi de la saison 2018-2019, remporté par les Fidji face aux USA et où la France a terminé 11e.

  1. L'équipe : Les Fidji

« Les Fidji, c'est une équipe qui a impressionné dès les phases de poule. Ils ont accéléré de suite, pas comme à leur habitude d'être fébriles sur les phases de poule. Ils ont mis 50 points à la France et ont déroulé sur les autres équipes (38-7 sur le Kenya, 21-19 sur l'Angleterre, 46-7 sur l'Espagne, 17-12 sur l'Afrique du Sud et 29-15 sur les USA). Ils ont eu une maîtrise sur l'ensemble du tournoi. C'est l'équipe qui a été la plus réaliste avec 57 entrées dans les 22 m adverses et 53 essais (93% de réussite). Il y a très peu de déchet. Leur force, c'est surtout la qualité défensive, ce qui leur faisait un peu défaut en fin de saison dernière. « En finale, ils ont contré les Américains sur tous leurs temps forts : Perry Baker sur la vitesse, Waisea Nacuqu qui fond sur Danny Barrett... Ils se sont adjugé le titre assez facilement en finale.

« Les Fidji ont été à la peine cette année. Ils loupent les Commonwealth, les Series et la Coupe du Monde malgré cinq victoires de tournoi. Ils sont passés à côté des grands événements, mais 2018 laisse un goût amer aux Fidji. Ils vont avoir à cœur de revenir. »

  1. L'entraîneur : Pablo Feijoo

« L'Espagne, c'est la révélation de Cape Town. Elle a atomisé l'équipe d'Argentine (35-12 au premier match de poule, ndlr). C'est une équipe qui n'a pas beaucoup de puissance, qui a peu de vitesse, mais c'est un collectif très huilé. Pablo était le capitaine de l'Espagne aux Jeux Olympiques de Rio (a repris sa place sur le World Series en remportant le tournoi de qualification de Hongkong en 2017, ndlr). Il a réussi à mettre en place un projet collectif au sein de l'équipe avec les joueurs qu'il a. Par poste, ils sont en-dessous des autres joueurs du Top 4. Mais collectivement, ils ont une puissance extraordinaire et c'est ce qui fait la différence.

« Le système est primordial dans le rugby à 7. Les Espagnols ont tenu la dragée haute à d'autres équipes (ils ont battu l'Ecosse 12-7, ndlr). Tout ça est dû aussi à leurs échanges. Ils vont régulièrement en Afrique du Sud ou aux Fidji depuis quatre ans, ils ont fait trois qualifications en Cup l'année dernière. C'est une équipe qui est en performance sur le premier jour et qui ne lâche rien, à l'image des joueurs argentins.

« Ils ont créé une identité qui fait que l'Espagne, 11e du classement mondial l'année dernière, est une vraie concurrence pour les Français. Elle sera très dangereuse sur le World Series où ils resteront dans le ventre mou, entre la 8e et la 12e place. Mais surtout un danger potentiel sur le championnat européen pour une qualification olympique.

« Du côté des stats, c'est une équipe qui se rapproche beaucoup des Fidji, qui fait très peu de rucks sur Cape Town (22 rucks pour 17 essais chez les Espagnols soit un ratio de 1,3 et 22 rucks pour 25 essais chez les Fidjiens soit un ratio de 0,9, ndlr). L'Espagne a identifié un jeu d'évitement. »

  1. DHL Impact Player : Alamanda Motuga (Samoa)

« Motuga à l'image des Samoans qui ont été extraordianires sur le tournoi (25 ballons portés, 11 plaquages, 5 offloads et 6 franchissements, ndlr). Ils auraient mérité mieux que ce qu'ils ont eu (défaite en finale du Trophy 14-38 face à l'Argentine, ndlr). Il y a beaucoup plus d'évolution. Motuga a pris une dimension supérieure. Les Samoans ont créé l'exploit en battant les Néo-Zélandais 21-17 en match de poule, ndlr) qui ont un niveau solide, qui avaient défait pas mal d'équipes.

« Ils ont 93,8% de réalisme dans les 22 adverse. C'est un jeu très direct, où il n'y a pas beaucoup de passes, mais qui a de la puissance. Ils peuvent vraiment embêté des équipes du Top 8, voire du Top 4 mondial. »

  1. L'outsider : l'Afrique du Sud

« Le top 4 mondial aujourd'hui, c'est : USA, Nouvelle-Zélande, Fidji et Angleterre. L'Afrique du Sud n'est clairement plus dans le Top 4 (5e du classement provisoire, ndlr). L'Afrique du Sud est contrée aujourd'hui sur l'ensemble de ses points forts. Elle n'arrive pas à trouver de solutions. Les équipes savent jouer contre les Blitzboks et on l'a vu dans le match de poule contre la Nouvelle-Zélande (défaite 21-26) et lors du match pour la troisième place, ça s'est joué à la dernière seconde (victoire 10-5 contre la Nouvelle-Zélande).

« L'Afrique du Sud est en grand danger, dans la lignée de ce qu'on a vu en 2018, c'est à dire en perte de vitesse et de leadership. Des joueurs sont très bons comme Werner Kok, mais Cecil Afrika et Kwagga Smith manquent un peu au système de jeu. Le World Series se conjugue avec les qualifications olympiques et on pensait que l'Afrique du Sud serait dans le lot. Finalement, on constate qu'ils vont devoir se battre pour y arriver, après deux tournois qui étaient à leur portée. Ca va être difficile sur les prochains tournois. »

  1. Le fait marquant : l'action de Barrett contre la Nouvelle-Zélande

« Le fait marquant du week-end, c'est l'action de Danny Barrett contre la Nouvelle-Zélande (victoire 31-12 en demi-finale de Cup), sa facilité. Stephen Tomasin enclenche de la vitesse, passe à Ben Pinkelman qui arrive à passer les bras pour Danny Barrett en redoublé et Barrett fait parler toute sa puissance en faisant avec un show à l'américaine. Ces images vont faire le tour de la planète !

« Pour les Américains, dans le rugby, il n'y a qu'une équipe, ce sont les All Blacks. Barrett aurait eu cette action contre l'Australie ou l'Argentine, je ne pense pas que ça aurait eu autant d'impact dans la sphère américaine. Voir les Américains bousculer comme ça les All Blacks, ce sera un tournant assez important dans le rugby US. »

  1. Le chiffre : 89

« Le chiffre du tournoi, c'est 89, le nombre d'apparition de James Rodwell (Angleterre) sur le World Series ; il égalise le record de DJ Forbes. Il est l'un des joueurs les plus expérimentés du World Series. C'est un joueur d'expérience qui apporte beaucoup dans le staff. Ca permet à l'Angleterre de tutoyer le sommet. »

A 34 ans, James Rodwell est à la fois joueur et coach sur cette saison-ci, à la fois sur les programmes à 7 masculin et féminin, particulièrement chargé du jeu aérien. Il a fait ses débuts sur le tournoi d'Edimbourg en 2008, a été médaillé d'argent à la Coupe du Monde de Rugby à VII en 2013 et 2018, médaillé de bronze aux Jeux du Commonwealth sur la Gold Coast en 2018 et médaillé d'argent avec la Team GB aux JO de rio en 2016.

  1. La France termine 11e

« La France perd une place au classement. On attendait beaucoup de l'équipe de France face aux Fidji, on attendait une réaction, un match serré et finalement elle a pris 50-0 sur le premier match, ce qui nous a surpris. On aurait aimé voir une réaction, voir la France se battre contre les Fidji, mais ça n'a pas été le cas. En revanche, elle s'est bien débrouillée contre l'Angleterre (défaite 12-26) en mettant de la vitesse, beaucoup d'engagement, plus de pression défensive que d'habitude. Même avec la défaite, c'est ce genre de match qui lui permet de progresser. On veut voir plus de présence sur le premier jour. C'est ce qu'elle a montré sur le Kenya (victoire 19-12) qui est en recherche de repère.

« Contre les Fidji et les Samoa (défaite 7-31 en demi-finale du Trophy), la France du mal à rivaliser. Défensivement, il y a la puissance physique et, face au volume, la France a du mal à imposer son côté défensif. Contre l'Angleterre ou l'Ecosse on arrive à rivaliser.

« Offensivement, j'ai beaucoup aimé le trio Thibaud Mazzoleni, Jean-Pascal Barraque et Paulin Riva qui, pour moi, sont la grande satisfaction du tournoi. J'ai beaucoup aimé Nisie Huard aussi et notamment dans sa complicité avec Mazzolini. Il faudrait peut-être un sprinter pour compléter cette ligne de trois. Peut-être Joachim Trouabal et Kevin Bly pourront être ce profil attendu.

« C'est l'équipe qui a le plus animé, qui a fait le plus de passes sur le tournoi : 162, soit 40,5 par match ; ils fatiguent bien leur adversaire. Mais face aux grandes nations, il y avait moins de vitesse, plus de pressing et plus de pertes de balles. Le ratio est défavorable : on prend plus d'essais que l'on en marque. »