Le commentateur et ancien international de Rugby à 7 Jean-Baptiste Gobelet revient en exclusivité pour World Rugby sur les 7 points à retenir du tournoi de Hamilton qui a vu les Fidji remporter son premier tournoi de la saison et la France terminer à son plus bas, à la 13e place du classement.
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Les Fidji et ce besoin de jouer sous pression
« C'est une équipe qui a beaucoup de talent, mais il leur faut une pression assez intense comme on peut le voir à Hong Kong ou sur le tournoi de Hamilton qui est le plus proche de leur nation. Ils ont besoin de ça pour avoir de la discipline, de la concentration. Actuellement, l'équipe n'arrive pas à avoir une constance sur le circuit ; ils sont capables du pire comme du meilleur. Ils ont une bonne génération qui arrive, mais cette équipe manque d'un leadership. A Hamilton, les Fidji ont eu beaucoup de belle actions, mais aussi beaucoup d'initiatives. C'est toujours une équipe très complexe à contrer.
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L'Afrique du Sud gère sa saison
« L'Afrique du Sud, même si c'est une équipe très contrôlée, est en train de gérer sa saison en termes de préparation et de récupération afin de performer sur le Commonwealth, sur le World Series et la Coupe du Monde. Elle joue sur trois tableaux comparé à d'autres équipes qui vont jouer sur un ou deux tableaux.
"Ils ne vont pas se contenter d'avoir le même jeu et vont brouiller un peu les pistes."
« Alors forcément, il y a des pics de forme et des pics en-dessous. On savait qu'elle allait avoir un petit creux physique après le tournoi de Cape Town car il y a eu un gros focus sur le Cap, Hong Kong et le Commonwealth. Ils ont quand même été en finale et sont premiers du World Series (avec 77 points, devant la Nouvelle-Zélande 69 points, ndlr).
« Ils ne vont pas se contenter d'avoir le même jeu et vont brouiller un peu les pistes. Il y a beaucoup de choses qu'ils ne vont pas montrer sur le World Series pour le garder pour le Commonwealth et la Coupe du Monde. Ils ont travaillé beaucoup sur les zones de renvoi par exemple.
« C'est l'équipe qui a récupéré le plus de ballons sur le tournoi de Hamilton (+13, devant la Nouvelle-Zélande +8, ndlr).
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L'Australie sur sa lancée
« Les Australiens confirment la prestation de Sydney. On voit qu'ils posent des problèmes à beaucoup d'équipes. On l'a vu sur le match contre la Nouvelle-Zélande : ils sont menés, il reste 1'30 à jouer et ils font le même tour que les Irlandais contre la France au 6 Nations, c'est à dire qu'ils conservent la balle et tapent un drop dans les arrêts de jeu (match remporté 8-7, ndlr). L'Australie a une maitrise énorme face à n'importe quelle équipe. Elle monte en puissance et on retrouve progressivement l'Australie d'il y a quelques années.
« L'Australie peut avoir son mot à dire sur le Top 4 mondial et aura une volonté de montrer ce qu'elle vaut chez elle sur les Commonwealth Games.
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La leçon d'Hamilton
« Cette année, c'est un tournoi ultra ouvert avec quatre tournois et quatre vainqueurs différents. Le message qui est passé est fort : le Top 7 peut performer, ces équipes peuvent être championnes du monde. C'est le point à retenir du tournoi de Hamilton.
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La recette de la Nouvelle-Zélande
« La Nouvelle-Zélande ne démérite pas même si il lui manque des playmakers. Il y a eu beaucoup de petites fautes d'inexpérience qui coûtent beaucoup à l'équipe.
« Ils sont très forts sur le plan défensif avec 24 plaquages par match (495 plaquages en quatre tournois, soit 20,6 par match, ndlr) et une vraie volonté de mettre la pression sur le ballon pour récupérer des turnovers. Ils ont pris le système sud-africain : on donne le ballon à l'adversaire, on met la pression et on gagne le ballon. C'est un système beaucoup copié par plusieurs nations car beaucoup de turnovers donnent beaucoup d'essais. Les All Blacks se servent de ce système pour être performants.
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La surprise papoue
"La Papouasie-Nouvelle-Guinée fait partie des meilleures équipes sur le plan offensif..."
« Quand on regarde la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ils gagnent l'Espagne (21-17, ndlr) le premier jour à Sydney, la Russie (33-7, ndlr) le premier jour à Hamilton et ils accrochent plusieurs équipes en première période... Ce qui me plait beaucoup, c'est leur qualité offensive. La Papouasie-Nouvelle-Guinée fait partie des meilleures équipes sur le plan offensif : 76% de réussite dans les 22 mètres (derrière le Kenya 83%, l'Argentine 82%, l'Afrique du Sud 77% et l'Espagne 77%, ndlr), ce qui veut dire 13 essais en 17 visites. Ca montre qu'il y a très peu de déchets, qu'ils sont très pragmatiques par rapport à leur jeu.
« C'est la deuxième nation qui fait le moins de fautes de main. Seulement 12 en cinq matches (seule l'Angleterre fait mieux avec 6 fautes de main en cinq matches, ndlr). Les Papous arrivent à être très propres au niveau de la qualité de passes.
« En revanche, défensivement, c'est une équipe de wild card avec la 16e défense du World Series, seulement 65% de plaquages réussis, neuf plaquages manqués par match. Malgré tout, c'est une équipe dangereuse. C'est la première fois d'ailleurs qu'une équipe wild card met autant de points contre une équipe core du World Series comme la France (35-0, ndlr). C'est historique à la fois pour la Papouasie comme pour la France. Elle va poser problème pour la Coupe du Monde - où elle fait partie des équipes potentielles face aux Français en 8e de finale - et le Commonwealth. Cette victoire a un véritable impact psychologique. En l'espace de deux tournois, elle a réussi à montrer son potentiel.
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La France s'est laissée surprendre
« On attendait une grosse réaction des Français après le tournoi de Sydney. C'était une poule assez ouverte et il y avait la possibilité d'avoir une triangulaire. Le deal était : ne pas prendre beaucoup de points, gagner un match et accrocher l'autre équipe. Mais le tournoi est plombé d'entrée avec le 52-7 contre la Nouvelle-Zélande. Sur un match, on voit que la France ne répond pas aux critères du World Series. C'était d'ailleurs la première fois que la Nouvelle-Zélande mettait autant de points à une équipe.
« La consigne était la même pour tout le monde et l'équipe de France s'est laissée surprendre. Sur le tournoi, la France a beaucoup de stats dans le rouge : perdre autant de points malgré le contexte, ça relève plus du mental que de l'aspect physique à mon sens. Perdre 52-7, c'est dur à accepter quand on prétend à gagner le tournoi.
"L'aspect défensif est intéressant, le système est bien mieux en termes de positionnement de base."
« La France est la deuxième défense à Hamilton. L'aspect défensif est intéressant, le système est bien mieux en termes de positionnement de base. Mais en termes de pression défensive face à de grandes nations, la France est perdue. Il y a trop d'erreurs de placements individuels, ce qui fait que le système a du mal à se mettre en place.
« 74% de plaquages réussis sur un tournoi avec du Trophy, ça veut dire qu'on est la 13e défense. C'est très faible car on se fait contrer par des équipes qui, offensivement, ne sont pas les meilleures. On devrait être sur des standards à 90% en Trophy, surtout lorsqu'on joue des équipes promues et wild card.
« L'équipe de France a besoin d'expérience et performer en Trophy donne une fausse confiance. Le match contre la Papouasie-Nouvelle-Guinée est du même tonneau que celui contre la Nouvelle-Zélande car c'est le premier match de la journée où on est censé être plus frais et où il peut y avoir des surprises, mais pas à 52-7 ou 35-0. Ce sont ces types de matches où on voit toute la différence entre la France et le Top 7 dans la gestion mentale. J'espère que l'équipe de France va réussir à se mobiliser en Nouvelle-Calédonie et en Californie pour le tournoi de Las Vegas et essayer de sortir de cette spirale négative pour enfin gagner en expérience en Cup.