Admir Cejvanovic n'est pas le nom le plus familier des HSBC World Rugby Sevens Series, mais son histoire est pour le moins atypique. Sélectionné par le Canada depuis le début de la saison et ce week-end à Vancouver, Cejvanovic a fait ses débuts lors du tournoi de Dubaï la saison passée où il est devenu, à ce moment, le premier joueur international de rugby à 7 né en Bosnie.
Mais l'histoire de Cejvanovic remonte à bien plus loin. Né en Bosnie en plein conflit yougoslave en 1990, il a passé ses premières années dans un camp de réfugiés en Croatie avant d'être recueilli par une paroisse puis d'être déplacé à Burnaby, près de Vancouver, en 1994.
« Ma mère et moi sommes arrivés au Canada en 1994 », raconte-t-il. « En 1992, nous avons bougé en Croatie pour trouver refuge jusqu'à ce que ma mère obtienne des papiers pour aller au Canada. Nous avions le choix entre les Etats-Unis et le Canada et ma mère a opté pour Vancouver, pensant que la vie y serait meilleure.
« C'était la partie la plus dure : devions-nous rester en attendant que la guerre se termine ou devions-nous faire nos bagages et partir ? Si vous demandez à ma mère aujourd'hui, elle vous dira que partir était la meilleure décision, à 100 %. Au Canada, nous travaillons pour le plaisir, pour faire ce que nous voulons faire. Dans mon pays d'origine, vous n'avez pas le choix, vous devez travailler pour avoir à manger dans votre assiette. Ma mère m'a donné cette opportunité de découvrir un nouveau style de vie.
« Ma mère ne connaissait pas un mot d'anglais et avait un gamin de quatre ans sur les bras. Il y a eu des moments difficiles les premières années avant qu'on retombe sur nos pieds. Elle devait travailler dur pour s'en sortir, on a pas mal déménagé avant de nous établir à Burnaby qui est devenue notre maison.
« Comme la plupart des réfugiés, ma mère a commencé à faire le ménage chez des gens, à suivre des cours du soir pour apprendre l'anglais et retourner à l'école. Elle a toujours été ma source d'inspiration pour sans cesse devenir meilleur. »
Comment le rugby a changé sa vie
Le Néo-canadien avait le choix entre jouer au football – sport roi en Croatie – ou au rugby. C'est ce dernier sport qu'il a finalement choisi.
« A cette époque, chaque fois que j'arrivais sur un terrain de rugby, j'étais très à l'aise », poursuit celui qui a remporté une médaille d'or aux Pan American Games à Toronto en 2015. « J'ai commencé à jouer en club et j'ai toujours avancé. J'allais poursuivre en ligue masculine lorsque le 7 s'est présenté à moi. Je n'ai jamais pensé qu'un jour je jouerais au 7, mais je me souviens qu'un de mes entraîneurs m'avait encouragé à essayer. Je pensais que c'était fou car je jouais numéro 8, je courais partout et je plaquais énormément. Je n'avais pas cette finesse que demande cette discipline. Mais j'ai été invité à un entraînement et là j'ai vu ce que c'était vraiment. »
Cejvanovic est le premier à raconter comment le Canada, et le rugby, a changé sa vie, l'aidant à surmonter ses difficultés. Les valeurs de ce sport – ainsi que la détermination et le respect envers sa mère – sont autant de motivations qui ont contribué à faire de lui l'homme qu'il est devenu aujourd'hui.
Day 1 in Wellington out on the water, traditional Maori Waka (canoe) ride. @NHirayama10 looks ready for the haka pic.twitter.com/S2pU1eU28h
— Harry Jones (@jonesharry3)
January 24, 2016
« Vous ne savez jamais vraiment ce que vous allez découvrir. Pour ma part, j'ai eu la chance de trouver le rugby, quelque chose dans lequel j'étais bon et que je pouvais garder. Il y a des millions de gamins bourrés de talent là-bas (en Croatie, ndlr), mais qui ne le sauront jamais à cause de leur mode de vie. En Syrie aussi on est en train de changer la vie des gens et ils ne cessent d'implorer qu'on les aide.
« Pour ma part, le Canada nous a permis, à ma mère et à moi, de changer de vie. Nous avons pu démarrer une nouvelle vie, plus heureuse. Et aujourd'hui, je voyage dans le monde entier pour jouer au rugby. Je sais que lorsque je serais plus vieux, je regarderais tout ça avec beaucoup de gratitude. Le rugby a été la clé et m'a permis de travailler.
« Mon passé me rend encore plus déterminé et ça, ça vient de toutes les épreuves que ma mère a traversées. Si elle n'avait pas eu la volonté de bouger, nous ne serions pas allés bien loin.
« J'ai énormément de respect et je le mets en pratique chaque jour. Je ne considère rien comme acquis car je sais que rien n'est facile. J'ai dû travailler très dur pour jouer au rugby. Le fait d'avoir grandi dans un camp de réfugiés me rappelle sans cesse qu'on m'a offert une deuxième chance que peu de personnes ont l'opportunité d'avoir. Des millions de personnes aimeraient tellement avoir une deuxième chance et ça, c'est ma motivation pour devenir chaque jour encore meilleur au rugby ainsi qu'une meilleure personne. »