Pour World Rugby, le spécialiste du rugby à 7 Jean-Baptiste Gobelet décrypte les sept points importants des tournois de Hongkong remporté par les Fidji (face à la France) et de Singapour gagné par l'Afrique du Sud. Une tournée qui a permis à la France de conforter sa 9e place au classement général.

  • L'équipe : L'Afrique du Sud

L'équipe qui fait un gros coup sur le tournoi asiatique, c'est l'Afrique du Sud (4e) qui prend le large sur l'Angleterre (5e au classement, ndlr). Ils ont fait un tournoi intéressant à Hongkong (8e, ndlr), éliminés en quart de finale face aux USA (21-12) et surtout le tournoi de Singapour (vainqueur) qui n'était pas évident à gérer. Avec une équipe jeune, ils ont réussi à conforter une 4e place, à 14 places d'avance sur les Anglais, ce qui les met en position très avantageuse par rapport à la qualification olympique. C'est une grosse réussite. Ils ont mis l'accent sur une défense très agressive avec beaucoup de ballons récupérés et des joueurs comme Arendse, Geduld, Kok qui ont réussi à cadenasser et à développer tout le système de jeu de l'Afrique du Sud.

La transition a été assez longue ; ils ont perdu un certain nombre de joueurs intéressants comme Specman et Senatla, ce qui fait que la transition en termes de leaders de jeu n'a pas été évidente. Davids, Gans, Oosthuizen ont eu plus de temps de jeu que d'habitude. Et au final, c'est le système qu'a mis en place Neil Powell qui a payé. Au vu des prestations depuis un an, les Sud-Africains ont retrouvé un peu un rythme de croisière. Ils n'ont pas récupéré leur suprématie qu'ils avaient il y a encore un an et demi, mais ils arrivent à recoller au Top 4 et surtout à un moment qui est bien pensé car on est à deux tournois de la fin (Londres et Paris, ndlr).

Il faut aussi souligner en finale la force de caractère énorme qui est liée à Neil Powell. Revenir à 19-0 et gagner 20-19 dans les dernières secondes est assez exceptionnel. Récupérer un tel écart sur une finale - surtout face aux Fidjiens qui avaient gagné le tournoi de Hongkong ! - c'est incroyable. Ça montre que cette équipe ne va rien lâcher jusqu'au bout.

  • L'entraîneur : Mike Friday (USA)

Mike Friday, numéro 1 mondial encore une fois. Les USA, autant c'était une surprise de les voir numéro 1 il y a quelques temps, autant ils sont en passe de gagner le World Series pour la 1re fois de leur vie et de la carrière de Mike Friday ! C'est extraordinaire vu d'où ils sont partis ! En plus, ils vont récupérer quatre joueurs playmakers - Barrett, Baker, Iosefo, Unufe – pour le tournoi de Londres.

J'avais très peur au début car Mike Friday est un coach qui fait très peu de rotation dans son effectif ; il joue souvent avec les mêmes joueurs. Et même avec ça, le système tourne toujours. Ils ont encore fait le Top 3 sur Hongkong, Top 4 sur Singapour.

Pour moi, le match prédominant est celui contre l'Afrique du Sud à Hongkong où ils cassent les Blitzboks (21-12) dans leur dynamique. Après, la victoire de l'Afrique du Sud (à Singapour, ndlr) leur a fait du bien car elle a imposé un temps de repos aux Fidji et aux All Blacks.

En moins de cinq ans, les USA sont en passe de s'adjuger un titre de World Series avec une équipe qui n'était même pas dans le Top 10 cinq ans avant. C'est une success story qui est en train de se mettre en place. Il y a 38 points d'écart entre les USA et l'Angleterre : la qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo en 2020 est quasiment assurée (réservée aux quatre premières équipes de la saison, ndlr). Lever cette coupe à Paris serait incroyable pour l'ensemble du rugby américain car ça ferait parler, ça provoquerait un énorme tremblement de terre dans le rugby mondial et les USA pourraient bien surfer sur cette nouvelle hiérarchie du rugby mondial qui pourrait leur bénéficier avant la Coupe du Monde de Rugby 2019 au Japon.

  • Le DHL Impact Player : John Vaili (Samoa)

John Vaili est ultra doué (6 plaquages, 5 franchissements, 11 offloads, 32 ballons portés, ndlr). C'est quelqu'un qui est assez phénoménal, rapide, technique. C'est un playmaker doublé d'un match winner. Il a le genre de profil qu'adore Gordon Tietjens (l'entraîneur des Samoa, ndlr) qui lui permet de driver toute l'attaque samoane. C'est un détonateur qui crée la brèche, l'espace et permet à ses coéquipiers de passer. C'est une équipe à maturation qui favorise des joueurs avec une once de folie qui peut faire assez mal.

6e du World Series, ils vont chercher le ticket de qualification pour Tokyo sur la zone Océanie. Et ils auront fort à faire car il y aura l'Australie, les Tonga, les Îles Cook, la Papouasie-Nouvelle-Guinée... Il va falloir être très vigilant.

  • L'Outsider : Les trois en position de relégable

On assiste à une course de barrage entre le Kenya, le Pays de Galles et le Japon. Le Japon avait un effectif colossal à Hongkong avec des joueurs qui ont pesé. Le Pays de Galles a gagné contre les USA (21-19 à Hongkong) et l'Angleterre (12-0 à Singapour). Le Kenya a empêché les Gallois de passer en quart de Cup... Il y a une dramaturgie incroyable qui se fait entre les trois.

A chaque fois on croit qu'il y a l'un des trois qui va se sauver et puis il se fait rattraper par un goal-average, par un classement... Ces trois équipes se tiennent à quatre points d'écart et tout est possible, tout peut basculer. Les Gallois ont été impressionnants, très entreprenants avec deux victoires fortes. Cette course à trois est passionnante à suivre et on risque de voir encore des surprises. On ne peut pas encore dire qui sera relégué la saison prochaine (avant les deux derniers tournois il s'agit du Japon, ndlr) car les trois sont en train de monter leur niveau.

  • Le fait marquant : profusion de offloads

Le offload est un geste assez répandu, risqué, pas utilisé par tout le monde (la France et les Fidji sont les deux équipes à en faire le plus ; Liam Herbert, de Hongkong, en a effectué 11, à égalité avec le Samoan John Vaili. Jean-Pascal Barraque en a passé 7, soit autant que les Fidjiens Botitu et Derenalagi, ndlr).

C'est un geste de continuité de jeu important qui permet d'accélérer le jeu et de le développer dans un bon timing. Ce qui est beau dans le offload, c'est la prise de risque des joueurs ; cette prise de risque qui permet d'envoyer la balle sur des situations qui n'existent pas forcément et qui permet le spectacle, de voir des actions surprenantes. C'est la clé du rugby à 7.

  • Le chiffre : 5

Cinq victoires d'affilée au tournoi de Hongkong pour les Fidji. Ils sont toujours présents au tournoi de Hongkong. Ils adorent ce tournoi ! La tournée asiatique leur permet d'être là. Hongkong, c'est la Terre promise, la Mecque du rugby à 7 où les Fidjiens sont des dieux.

On a l'habitude de dire que dès que les Fidjiens commencent à sourire avant un match, c'est très mauvais signe. Ça veut dire que tu va prendre une belle dérouillée derrière. Quand ils arrivent à Hongkong, on sent une sérénité qui se dégage car ils vont jouer dans leur jardin et que ça va être très compliqué de les en sortir. Les équipes ont eu du mal à décontenancer les Fidjiens sur la tournée asiatique.

  • La France : Une tournée historique

La France surprend et surtout confirme après la finale de Vancouver. Ce qu'ils ont réalisé à Hongkong est historique. Performer sur le plus grand tournoi mondial est très fort dans la carrière d'un joueur et arriver en finale est quelque chose d'encore plus grand. Mais avoir ce parcours après ces années de galère pour l'équipe de France est quelque chose qui permet à l'ensemble du rugby français d'avoir de l'espoir. Cette renaissance française s'est faite sur le tournoi de Vancouver (finaliste pour la première fois depuis Port Elisabeth en 2012, ndlr).

Ça passe avant tout par un groupe ; il y a eu une réaction de leur part, un déclic à Las Vegas (où ils étaient 15e et derniers, ndlr). Un groupe est né après la claque de Las Vegas. Des joueurs étaient frais et des leaderships se sont révélés. Je pense à Jean-Pascal Barraque (capitaine sur la tournée en Asie, ndlr) et Stephen Parez qui ont une voix qui pèse.

Quand on regarde ce que les joueurs ont fait à Hongkong et Singapour, il y en a très peu qui sont passés à côté. Avant, sur un tournoi, trois ou quatre joueurs pouvaient passer à côté. Là, le groupe était connecté et prêt à performer. Ils ont joué un cran au-dessus de leur niveau.

Le match contre les All Blacks a été révélateur puisqu'ils ont imposé un rythme fort (victoire 14-12 en quart de finale à Hongkong, ndlr). Le match le plus dur qu'a subi l'Argentine, c'était contre les Français à Hongkong (défaite 14-26, ndlr) ; ils ont eu quatre blessés. Les Français ont monté le curseur de leur intensité et ont gardé le tempo jusqu'au bout. La fraîcheur a permis de faire la différence.

Parmi les joueurs, je pense à Rémi Siega qui a été exceptionnel, comme Gabin Villière, mais aussi Stéphen Parez qui a été complètement hors norme à Vancouver et qui a pris beaucoup d'expérience en quelques tournois seulement. Il a des courses plus efficaces qu'avant, plus dans le timing, il arrive moins en retard. Du coup, les joueurs sont moins perdus sur le terrain et ont plus de repères.

L'apport de joueurs à des postes-clés – comme Gabin Villière – apporte plus de cohérence autour. Ça permet à l'ensemble du groupe d'être plus efficace en attaque et en défense. Antoine Zeghdar, Marvin O'Connor... ont démontré une véritable volonté de jouer.

La France est l'équipe qui passe le plus de ballons sur le World Series (1728 passes depuis le début de la saison, soit 38,4 par match, ndlr) et le plus de possession de balle. Elle avait les mêmes stats il y a un an, mais ce qui a changé, c'est l'efficacité défensive. Des connexions sont faites très hautes et le différentiel en termes de turnovers se réduit. La France a le même nombre de ballons, elle marque plus souvent, mais elle encaisse moins d'essais.