En exclusivité pour World Rugby, Jean-Baptiste Gobelet fait le point sut l'état de forme des équipes juste après le tournoi de Dubaï et à avant le Cape Town Sevens.

  1. Les deux points du début de saison

« L'important dans ce tournoi de Dubaï était de voir la gestion des équipes avec les trois enjeux majeurs de cette année : le World Series, les Jeux du Commonwealth (du 4 au 15 avril 2018 sur la Gold Coast en Australie, ndlr) et la Coupe du Monde (en juillet 2018 à san Francisco, ndlr). C'est intéressant de voir comment les équipes se préparent, à quel moment elles vont préparer leur Coupe du Monde et voir comment elles allaient réagir par rapport à la nouvelle règle sur le ruck notamment. »

  1. Des choix à faire sur un calendrier serré

« Il va y avoir des impasses qui vont se faire à un moment donné pour les cinq meilleures équipes du monde, celles qui sont sur le Commonwealth. En revanche, les équipes classées de 6 à 12 ne sont pas capables de faire des impasses. Elles ont tout intérêt à jouer un maximum et prendre des points. Ce sera plus facile de prendre des points au classement cette année que dans le futur. Comme la France, ces équipes vont pouvoir retrouver un niveau à leur image. C'est une saison pour eux, pour accrocher les wagons et prendre de la confiance. »

  1. Le règne sans partage des Blitzboks

« Les Blitzboks (champions de la saison passée et vainqueur du tournoi de Dubaï, ndlr) ont un squad assez élargi et homogène de trente joueurs sur le World Series. C'est une grosse force, une grosse génération avec des playmakers tels que Cecil Afrika, Branco Du Preez, Rosko Specman, Justin Geduld... C'est la patte sud-africaine de Neil Powell qui est assez régulière depuis trois années et qui va même crescendo.

Tous ces joueurs ont déjà beaucoup d'expérience dans les jambes ; ils nont pas cette problématique qu'ont d'autres équipes de voir sur quel tournoi ils peuvent tester tel ou tel nouveau joueur. Ils surprennent beaucoup par l'intensité mise sur les matches de phases de finales, sur la finale  face à la Nouvelle-Zélande. Sans la carton jaune donné aux Blitzboks, le score aurait pu être sévère. »

  1. Les Blacks reviennent progressivement vers le sommet

« Les Blacks (2e au Dubai Sevens, ndlr) ne sont pas encore à leur niveau. Je pense qu'ils vont monter en puissance au fil de la saison, mais ils manquent encore de créateurs sur le terrain. On voit qu'il y a Webber et Koroi qui sont là, mais ils ont beaucoup de jeunes joueurs ou de joueurs assez véloces et costauds qui manquent de dynamisme et de création sur le terrain. Une génération va arriver.

La perte de leurs leaders comme cama, Forbes et Tietjens est pesant. Le nouveau staff a du mal sur cette transition. Les blacks ne sont plus la machine à gagner d'il y a quelques années et se sont fait battre par presque toutes les équipes (USA, France, Portugal, Kenya...) sans pour autant tomber en phase de poule. Ils ont besoin de recréer une génération avec plus de joueurs de talent sur le milieu de terrain. Mais même dans le dur, les Blacks sont quand même en finale. »

  1. Les Samoa de Tietjens, enfin...

« Les Samoa (6e du Dubai Sevens, ndlr) ont retrouvé leur jeu. La patte de Tietjens (l'entraîneur, ndlr) est là. Cela fait un an que Gordon Tietjens est dans le process et il a trouvé des joueurs qui lui plaisaient. Il commence à trouver des joueurs prêts physiquement capables de jouer ses schémas de jeu avec beaucoup d'intensité et de phases de jeu. L'équipe a séduit sachant que tous les playmakers ne sont pas encore revenus de blessure ou se préparent physiquement pour la suite.

On a vu que Alamanda Motuga était le meilleur joueur Samoan (12 plaquages, 9 franchissements, 7 offloads, 22 ballons portés, ndlr). Ce sont des joueurs ultra forts, mais ils manquent de playmakers pour finir les coups. Ils peuvent briller sur le tournoi de Cape Town. Ils ont vraiment une qualité qui est au-dessus et ils montent en puissance. C'est une équipe qui a posé beaucoup de problèmes aux Blitzboks (quart de finale de Cup remporté 26-10 par l'Afrique du Sud qui menait de 12 à 5 à la pause, ndlr). C'est la seule équipe qui apporte une dimension physique qui contrarie fortement les Blitzboks. C'est l'équipe à surveiller lors de cette saison. »

  1. L'Amérique du Nord à la peine

« Les USA (15e au Dubai Sevens, ndlr) et le Canada (12e au Dubai Sevens, ndlr) sont pénalisés par le manque d'une bonne préparation. Leur pic de forme devraient arriver en février et mars. Leurs performances arrivent en règle générale sur le milieu de saison, voire la fin de saison ; rarement au début. Les équipes doivent performer sur leur tournoi national (Las Vegas du 2 au 4 mars 2018 et Vancouver les 10 et 11 mars 2018, ndlr), à Hong Kong (du 6 au 8 avril 2018, ndlr) et lors de grands événements comme cette année avec le Commonwealth ou la Coupe du Monde. »

  1. La France doit confirmer

« C'est une équipe de France remaniée (et qui termine 9e du Dubai Sevens, ndlr). J'ai beaucoup aimé voir les nouveaux joueurs prendre leur place sur le tournoi. Je pense à Tavite Veredamu, à John Demai-Hamecher qui ont montré qu'ils avaient les épaules pour le World Series. Le premier jour n'était pas à la hauteur des espérances, mais on sait très bien que la France est sur une construction totale et il ne faut pas s'attendre à des miracles. Le premier jour a un peu plombé l'ambiance. Mais ils ont su réagir

La France a réussi à trouver un système défensif. Il y a encore des lacunes, notamment en termes de soutien, mais dans l'ensemble le système est assez intéressant. On le voit aussi sur le jeu debout. Avant, l'équipe de France jouait avec beaucoup plus d'exploits individuels. Là, il y a plus de possibilités. On a vu plus de franchissements, de offloads... Avant, ils étaient trop dans les rucks et perdaient le ballon à chaque fois. Elle revient dans les standards d'équipe du Top 8 avec des joueurs plus à même à jouer debout. Ils ont effectué 2,8 rucks par essai comparé aux 5 des années passées.

On voit vraiment qu'il y a une patte en termes de coaching. Mais il va falloir régler beaucoup de détails pour performer comme soigner les coups d'envoi car il y a eu 0% de conquête en 18 coups d'envoi. Il y a aussi eu un gros manque de finition avec 17 ballons marqués sur 26 visites dans les 22 (65%, ndlr). Ca manque de playmakers encore, même si quelques-uns commencent à émerger comme Riva, Mazzoleni, Barraque... On a vu de beaux éléments, mais il ne faut pas que ce soit une passade. La France a souvent beaucoup de mal à enchaîner les victoires. C'est soit tout bon, soit tout mauvais ; il lui faut de la constance. Est-ce que c'était une illusion ou est-ce que l'équipe à un futur ? »