Jean-Baptiste Gobelet, ancien joueur de France 7 (2011-2015), se trouvait à Dubaï alors que le tournoi masculin était couronné par l'équipe de rugby à 7 d'Afrique du Sud. Pour World Rugby, il détaille les 7 points que l'on a retenu de la première étape du circuit mondial.

1. La forme olympique des Britanniques

« Ils ont réussi à placer trois équipes – Angleterre, Pays de Galles et Écosse – sur le Top 8 mondial. On sent qu'il y a un post-Rio avec une confiance énorme », estime Gobelet. L'Angleterre termine avec la médaille de bronze après avoir inscrit 157 points (cinq victoires et une défaite), le Pays de Galles termine juste derrière avec 100 points (trois victoires et trois défaites) alors que l’Écosse referme le trio à la 6e place, juste devant la France avec 113 points.

« On retrouve un jeu anglais qu'il y avait il y a quatre-cinq ans, qui est un jeu dominant, avec un gros pressing. On revoit un joueur comme Dan Norton qui revient avec 9 essais sur le circuit (45 points à Dubaï), une stat qu'il n'avait pas il y a encore deux-trois ans. Même les Écossais et les Gallois ont profité de cette médaille d'argent aux JO pour se donner un boost énorme. Les nations britanniques ont pris beaucoup de confiance. D'ici deux ans, même l'Irlande sera très compliquée à gérer sur la scène européenne. Les Britanniques ont mis le pied sur l'accélérateur », confirme Gobelet.

2. La performance de Senatla

C'était couru d'avance : avec la plus forte expérience dans les squads en lice à Dubaï (363 sélections) l'Afrique du Sud a mérité sa médaille d'or à l'issue de ce premier tournoi. Alors qu'il avait inscrit 66 essais en une saison 2015-2016, Seabelo Senatla (55 points à Dubaï) en a marqué 11 en un seul tournoi alors qu'il en reste encore 9 jusqu'à la fin du circuit mondial !

« C'est ça leur force », analyse Jean-Baptiste. « C'est d'avoir des joueurs hors pair et c'est aussi le défaut de la France en ce moment. Si tu vas en Afrique du Sud, tu vois clairement que les Blitzboks sont ultra starifiés. Quand on rentre dans Cape Town, il y a des billboards partout sur le rugby à 7, des bus sont décorés avec des joueurs de rugby à 7, à l'aéroport c'est pareil… Il y a une dimension monstrueuse ! Avec la Nouvelle-Zélande, c'est le pays où le 7 est aussi starifié. On sent une vraie émulation dans ces pays-là. Il y a une dimension politique et sociale aussi à prendre en compte puisque le joueur de rugby à 7 est plus assimilé au township qu'un joueur de rugby à XV. Le 7 est vraiment un lien social très fort en Afrique du Sud car il dépasse tous les clivages qu'il peut y avoir. Des gens comme Senatla, Afrika ou Specman sont des stars, les gens ne parlent que d'eux. J'ai eu la chance d'entraîner pendant quatre à cinq ans dans les townships et je me suis aperçu de la force du rugby à 7 sur ces gamins-là. Le 7 est en train de conquérir les townships. »

De là à penser que les Blitzboks (188 points à Dubaï dont 55 par Senatla, voulaient faire un coup avant d'accueillir la deuxième étape du circuit chez eux, il n'y a qu'un pas.

3. Le force des anciens

Ce qui reste de Dubaï, c'est aussi le 80e tournoi du Néo-Zélandais DJ Forbes, « qui est un record de longévité conséquent. 80 tournois, c'est presque 10 ans de carrière », insiste Gobelet.

« Il faut associer ça avec les 100 essais de Terry qui est un joueur hors pair. Ça montre aussi que la France a besoin de finisseurs. La France a besoin de décrocher des perles rares comme lui. La France a la chance d'avoir Candelon et Bouhraoua dans ses rangs et on aimerait avoir plus de joueurs comme ça. »

4. La fin de l'invincibilité des All Blacks Sevens

A Dubaï, la Nouvelle-Zélande a terminé à la 8e place officiellement, mais concrètement à égalité avec l'équipe de France. Les deux nations ont échoué en quart de finale ; la première face aux Fidji, la seconde face à l'Afrique du Sud, soit justement les deux finalistes. Pas de chance.

« C'est décevant pour les All Blacks qui avaient une bonne équipe sur le terrain mais qui est sur la continuité de la saison dernière », analyse Gobelet. « C'est une équipe qui ne fait plus peur, qui a perdu un peu de son aura qu'elle avait pendant quelques années. C'est l'équipe qui arrivait à avoir le bon rebond à la fin, le bon timing. Et là, on voit qu'elle est devenue une « équipe lambda » du Top 6. Le fait d'avoir désacraliser le mythe All Black en se faisant battre par de plus faibles nations – comme les USA l'année dernière – ça donne la sensation que tout le monde peut le faire. Du coup, ils ont du mal à repartir, même s'il leur manque des joueurs. Il leur manque des créateurs comme Mikkelson qui n'est pas là. »

5. Le choix des jeunes Australiens

Faut-il s'étonner de la 5e place de l'Australie au classement de Dubaï ? Avec 19 essais et 115 points marqués, elle arrive en 5e position du plus grand nombre d'essais marqués derrière l'Afrique du Sud (30, 188 points), l'Angleterre (25, 157 points), les Fidji (25, 157 points) et les USA (22, 140 points).

« L'Australie revient d'une olympiade loupée », rappelle Jean-Baptiste Gobelet. De fait, elle démarre un nouveau cycle avec le choix d'aligner quatre jeunes sans la moindre sélection. Même pari d'ailleurs pour l'Argentine et le Pays de Galles.

« Ils démarrent un nouveau projet olympique en mettant des joueurs sur les World Series avec peu de sélections et on voit ce qu'il se passe. C'est une équipe qui finalement reste très performante, qui met des points, qui arrive à avoir une culture. Ils grandissent et même en étant sur la première année olympique, dès le premier des 40 tournois pour les JO, ils sont déjà très bien. Les jeunes tiennent le bon bout. Si on compare avec la France, on a fait la première étape avec une équipe 100 % d'expérience. Au bout du compte, on perd trois matches sur cinq. Ces défaites ne vont rien apporter en termes d'expérience à des joueurs de la trempe d'un Bouhraoua ou d'un Candelon. On aurait pu faire un plus grand mix entre jeunes joueurs et joueurs anciens en termes d'expérience avec le même résultat. »

Sur le tournoi de Dubaï, la France était en effet la deuxième équipe la plus expérimentée (derrière l'Afrique du Sud) avec 315 sélections. Seul Kelegh Moutome n'affichait aucun tournoi.

6. Le Japon au début du cycle

Même constat finalement concernant le Japon, très surprenant après une olympiade réussie où l'équipe avait terminé 4e en battant d'ailleurs la France en quart de finale. Pour Dubaï, le Japon (classé 15e au final) avait aligné 9 novices sur 12 joueurs ! Et si c'était ça finalement la formule gagnante, à long terme ?

« Les Japonais n'ont pas un réservoir énorme », admet Gobelet. « Ils ont besoin de préparer des joueurs. A l'heure actuel, ils veulent voir les nouveaux joueurs sur le World Series. Perdre à Dubaï ce n'est pas important. Le but est de former une nouvelle génération pour les JO. Il y aura des tournois sur lesquels il faudra être très performant comme la qualification pour la Coupe du Monde ou les jeux Olympiques. Si un joueur ne joue pas, jamais il n'apprendra. »

7. L'Ouganda, la belle surprise

Enfin, dernier point à retenir, la performance de l'équipe invitée, l'Ouganda, qui n'avait plus remis les pieds dans le circuit depuis 2007. Et malgré ça, elle se paye une 14e place juste derrière le Canada, équipe pourtant confirmée.

« L'Ouganda est une nation émergente comme le Kenya et le Zimbabwe, qui a produit un beau rugby avec peu de déchets. C'est vraiment une surprise de voir l'Ouganda à ce niveau-là. Ce genre d'équipe arrive à être compétitive », explique Jean-Baptiste Gobelet. L'Ouganda aura l'occasion de confirmer son statut au tournoi du Cap le week-end des 10 et 11 décembre 2016.