Le rugby à 7 en France il y a dix ans, c'était comment ? Lorsque l'on pose la question aux « pionniers » de l'époque, les réponses sont sensiblement les mêmes. « Les gens ne connaissent pas le rugby à 7 ; il n'y a que les rugbyman qui le connaissent », tranche l'ancien sélectionneur des Bleus, Thierry Janeczek, aujourd'hui chargé du développement olympique. « Très peu de gens parlent du rugby à 7 car il n'y a pas de culture 7 en France », ajoute Renaud Dulin qui se trouvait dans l'équipe qui a remporté le tournoi de Paris en 2005. « Très peu de gens se souviennent de cet événement-là. Très peu de gens percutent sur ce qu'il s'est passé. Ce n'est pas quelque chose qui a marqué la France du rugby. »

"Le rugby à 7 est un sport de barjot car tu prends du plaisir en te faisant mal !"

Thierry Janeczek

« Le rugby à 7 est un sport de barjot car tu prends du plaisir en te faisant mal ! C'est un sport extrême et de temps en temps il ne faut pas s'aimer. Tu es efficace quand tu sais repousser tes limites. A cette époque, on n'avait pas de GPS, on ne savait pas quand les mecs étaient dans le rouge », admet Janeczek.

« On découvrait les autres joueurs dans la salle d'embarquement... »

Pourtant, au vu de ce que pensent les autres joueurs, essentiellement issus du XV, le 7 traîne une autre image à la limite du « sea, sex and sun ». « A l'époque il n'y avait aucun mec sous contrat », se souvient Julien Malzieu qui a démarré en 2001. « C'était vraiment du plus pour notre carrière de quinziste. Beaucoup de personnes disaient qu'on partait en vacances. C'était un grand bol d'air d'autant que les carrières des uns et des autres avaient du mal à décoller. C'était un échappatoire et une envie de retrouver ce plaisir qui nous a amené à faire du rugby. Il y avait une ambiance, une convivialité, une solidarité sur le terrain entre nous que j'ai retrouvé un peu dans le XV, mais dans le 7 c'est forcément décuplé. »

"Tu partais avec un sac, deux t.shirts et une serviette et on te disait que c'était pour tes quinze jours."

Julien Carraud

« C'était amateur dans le sens noble du terme », raconte Julien Carraud qui a mené une longue carrière dans le 7, entre 2001 et 2008, prenant pendant plusieurs saisons le capitanat de l'équipe nationale. « J'ai commencé et là, c'est rendez-vous à l'aéroport. T'arrives à la salle d'embarquement et tu vois 5-6 mecs les uns à côté des autres avec des têtes de rugbyman. Tu vas te présenter. Tu découvrais les autres à l'embarquement ! Tu partais avec un sac, deux t.shirts et une serviette et on te disait que c'était pour tes quinze jours. T'apprenais à te découvrir dans l'avion et aux premiers entraînements. Au fur et à mesure il a commencé à y avoir des stages de deux jours. Chacun devait prendre sa voiture pour y participer. Et puis le 7 c'était la plage, la fête... tout sauf du rugby. En club, quand tu partais, on te disais que t'allais faire la bringue. Mais la réalité était différente. »

Un accélérateur d'expérience

« Pour les mecs qui ne l'ont pas vécu, c'est vraiment intense. C'est impressionnant à vivre, même si c'est deux fois sept minutes. Il faut le vivre pour vraiment savoir de quoi on parle », insiste Malzieu.

« Ce que le grand public ne mesure pas, c'est qu'un tournoi de rugby à 7, c'est 15 jours au bout du monde, 24h/24 avec des gens, on vit 12 matches en 15 jours, 12 matches avec des histoires différentes devant 40 000 personnes, où on gagne contre une équipe et deux heures après on est à deux doigts de perdre contre une autre. C'est un accélérateur d'expérience. En une tournée on vit l'équivalent d'une demie saison de rugby à XV. Il se construit en 15 jours ce que des fois on met 6 mois ou un an à construire avec le rugby à XV », confie Renaud Dulin qui a  intégré le rugby à 7 dans les entrainements pour développer les compétences du joueur à l'US Dax Rugby Landes, où il est désormais responsable sportif du centre de formation.

"C'était une époque où on semblait être des déconneurs, mais quand ça jouait, ça ne rigolait pas !"

Thierry Janeczek

« Le rugby est une philosophie de vie et le 7 correspond très bien à ça », rappelle Thierry Janeczek. « Pour être solidaire sur le terrain, pour avoir une dynamique, c'est bien que les mecs s'apprécient, qu'il y ait un plaisir partagé par les joueurs et par le staff. Dans le 7, il y a quelque chose qui se passe et on a envie d'y revenir ; c'est un sport très prenant, qui implique beaucoup. C'est très gratifiant pour les garçons de toucher en une mi-temps (7 minutes, ndlr) autant de ballons qu'ils en touchent dans un match de Top 14. C'était une époque où on semblait être des déconneurs, mais quand ça jouait, ça ne rigolait pas ! Quand il fallait aller sur le terrain, j'ai très mal vécu, en tant que joueur, quand il fallait se mettre la tête à l'envers. C'était très usant. Alors quand j'ai pris cette équipe, j'ai dit aux gars qu'on n'allait pas jouer notre vie, qu'il fallait prendre du plaisir, mais ne vous économisez pas. »

Tous insistent sur un aspect : le 7 est une expérience formidable à vivre. Les World Series ont mis dix ans à revenir à Paris. Raison de plus pour ne pas bouder son plaisir et apprécier à sa juste valeur ce tournoi d'exception qui se déroulera du 13 au 15 avril au Stade Jean-Bouin.