Les projets de création de deux franchises de Super Rugby dans les îles du Pacifique pourraient apporter « le chaînon manquant » qui permettrait aux Fidji, aux Samoa et aux Tonga de conserver les meilleurs et les plus brillants talents de la région.

Mercredi 24 mars 2021, World Rugby a confirmé un soutien financier et administratif pour accompagner deux nouvelles équipes en Super Rugby, les Fijian Drua et les Moana Pasifika, à partir de 2022.

Les franchises, qui seront également soutenues par leurs fédérations respectives, devront satisfaire à des critères financiers stricts pour avoir le droit de participer à la compétition. Malgré ce droit d’entrée, cette perspective a été accueillie avec enthousiasme par les personnes impliquées.

Les habitants des îles du Pacifique représentent environ un quart de tous les joueurs de rugby professionnels dans le monde. Pourtant, les opportunités de devenir joueurs de rugby professionnel ne peuvent se concrétiser qu’à l’étranger.

« C’est la prochaine étape de notre évolution », explique Simon Raiwalui, responsable de la haute performance à Fiji Rugby. « L'une des choses les plus importantes est de créer des opportunités pour ces joueurs qui vont pouvoir rester basés aux Fidji et gagner leur vie, et de rester sur ce parcours tracé à long terme avec Fiji Rugby. »

Un parcours sur mesure

La conservation des talents dans la région et la création d'un parcours clair entre le niveau amateur et le niveau international est depuis longtemps un objectif important pour World Rugby et pour son président Bill Beaumont ; en fait depuis que le Comité rugby de World Rugby s'est réuni à Suva en 2016.

Le Groupe de travail des îles du Pacifique a été créé par la suite et a aidé à lancer une série d’initiatives destinées à élever le niveau dans les îles du Pacifique.

« Le plus grand chaînon manquant vers la voie professionnelle pour les îles a toujours été l’absence d’une équipe professionnelle et d’une compétition professionnelle pour contrôler le développement et la croissance de leurs joueurs », indique Peter Horne, directeur général de World Rugby en charge de la haute performance.

« En créant une franchise de Super Rugby dans les îles du Pacifique pour les Fidji, les Samoa et le Tonga, cela permet à ces fédérations de conserver leurs joueurs et de redonner de la compétitivité dans les compétitions locales.

« Le vide qui existe entre le niveau local et le niveau international est immense. Il peut donc y avoir des opportunités à créer pour le joueur prometteur qui a 16 ans aujourd’hui et qui aspire à jouer pour les Manu Samoa, les Flying Fijians ou les Ikale Tahi.

« Il pourrait alors voir cette opportunité comme un tremplin pour parvenir à ses fins sans avoir à quitter son territoire pour aller en Europe, par exemple, pour les besoins de son développement, s’il veut devenir joueur international.

« Il pourra rester plus près de chez lui, participer à l'une des meilleures compétitions au monde et, en fin de compte, permettre aux programmes nationaux de se renforcer et de perdurer. »

L’enjeu de donner aux joueurs la possibilité de rester dans les îles du Pacifique devrait avoir un effet d'entraînement positif sur les équipes nationales des Fidji, des Samoa et des Tonga.

Car le fait d'avoir un plus grand réservoir de joueurs élite dans la région donnera, en théorie, aux fédérations un meilleur accès à ces talents et permettra d’organiser des stages d'entraînement plus longs avant les test-matchs et les tournois.

« En ayant une franchise en Super Rugby, nous conservons les meilleurs talents, nous les gardons près de chez nous, nous développons localement des combinaisons », assure Peter Horne. « Ces combinaisons peuvent ensuite se retrouver sur une compétition professionnelle et être évidemment sélectionnées pour les besoins d’une équipe nationale.

« Cela donne de la cohésion aux équipes, mais aussi une capacité pour les entraîneurs d'avoir un contact régulier et sur le long terme avec leurs joueurs au lieu d'avoir à les suivre à l'étranger. »

La Coupe du Monde de Rugby à l’horizon

« L'opportunité de ramener nos meilleurs joueurs aux Fidji pour intégrer une équipe basée aux Fidji, pour s'entraîner ensemble toute l’année, pour jouer ensemble dans une compétition comme le Super Rugby ne ferait qu'ajouter de nouvelles opportunités à notre programme de tests », relève Simon Raiwalui.

« L'un des plus grands obstacles pour nous est de pouvoir réunir une équipe car nous avons plus de 50 % de nos joueurs basés dans l’hémisphère nord. Ils sont aussi basés au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande, voire en MLR (Major League Rugby), et les regrouper pour une série de tests est évidemment toujours très difficile. De plus, avec le temps limité dont on dispose pour nous préparer à une série de tests, c’est toujours très compliqué de pouvoir travailler ensemble.

« C’est pour cela que l'opportunité de travailler tout au long de l'année, de s'entraîner ensemble, de jouer en équipe Drua, puis de travailler sur une série de tests serait un énorme pas en avant pour nous. »

C'est une perspective qui ne pourrait qu’entraîner de meilleurs résultats sur le terrain et conduire à un éventuel retour d’une nation du Pacifique en quart de finale de Coupe du Monde de Rugby.

« L'un de nos principaux objectifs est d'améliorer la compétitivité du rugby international, et pour ce faire, nous devons avoir des Coupes du Monde de Rugby compétitives », estime Peter Horne.

« L’idée générale est qu’en renforçant la compétitivité des équipes des îles du Pacifique, nous obtiendrons de meilleurs résultats avec les Fidji, les Samoa et les Tonga à la Coupe du Monde de Rugby.

« Ils ont des ambitions. Les Fidji aimeraient se qualifier en quart de finale de la Coupe du Monde de Rugby] en 2023 et aller plus loin, tout comme les deux autres fédérations. »

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