Jenny Davies a joué sur toute la longueur de la première ligne au cours de ses 74 sélections pour le pays de Galles. Mais désormais, c'est au centre du terrain qu'elle va s'illustrer, un sifflet dans la main et des cartons plein les poches.

A 38 ans, elle compte déjà deux ans d'arbitrage après avoir choisi d'arrêter de jouer en 2015. Après avoir tenté d'être entraîneure, elle s'est persuadée qu'elle avait quelque chose à apporter en tant qu'arbitre, d'autant qu'au niveau adrénaline, elle pouvait retrouver des sensations proches qu'en tant que joueuse.

« Je suis du genre à essayer avant de décider d'y aller ou non. Là j'ai essayé et j'ai aimé, alors j'y suis allée », dit-elle dans une interview à World Rugby. « Je me sens plus impliquée que je ne l'étais quand j'entraînais. L'arbitrage me fait sentir encore comme quand je jouais, mais sans être lessivée le lendemain ! J'adore et j'aime transmettre mon enthousiasme aux joueuses. »

L'une des premières des Mohicans

Jenny peut remercier ses deux mentors de lui avoir facilité le passage : Joy Neville, Arbitre World Rugby de l'Année 2017, et Paul Adams, patron des arbitres à la fédération galloise de rugby.

« Lorsque je jouais, j'avais l'habitude de travailler avec Paul au Bridgend College et c'est là qu'il m'a dit que lorsqu'il prendrait sa retraite je devrais reprendre le sifflet parce qu'ils avaient besoin de plus de femmes sur les matches. Mine de rien, l'idée a germé », explique-t-elle.

« Et puis, la dernière année où j'ai joué, on jouait l'Irlande à l'extérieur pour un match amical avant le Tournoi des Six Nations, et Joy Neville arbitrait. Je la connaissais parce que j'avais joué contre elle avant qu'elle raccroche. Je lui ai demandé comment ça se passait pour elle et elle m'a répondu qu'elle prenait beaucoup de plaisir à ce qu'elle faisait et que je devrais tenter moi aussi. »

Jenny est contente de voir qu'il y a en fait de plus en plus de filles qui, comme elle, tentent l'expérience et qu'elles gagnent en confiance dans ce qui porte encore l'étiquette d'univers masculin.

Lorsque l'ancienne pilier et talonneur a su qu'Amy Perrett était devenue la première femme à arbitrer un match de Super Rugby, elle n'a pas été tellement surprise. Pour elle, le genre n'a rien à faire là. L'essentiel est de savoir si vous êtes bon pour le job ou non, c'est tout.

« Mes parents sont agriculteurs (à Breconshire, ndlr) et tout le monde participe aux travaux. Je conduis le tracteur, je tonds les moutons et je nourris les bêtes chaque fois que j'y retourne. Quand j'entends dire que je devrais pas faire ci ou ça parce que c'est un boulot de mec, ma réponse c'est de dire : si tu peux le faire, alors moi aussi je peux le faire », s'affirme-t-elle.

« C'est sûr qu'avant de démarrer, les filles ont de quoi être stressées par ce qui les attend parce qu'elles pensent que c'est un univers d'hommes. Mais les comportements changent et c'est une excellente chose. La fédération a édité une affiche pour inciter plus de filles à venir. J'en parlais avec une paire de filles du pays de Galles l'année dernière. Quelques-unes d'entre elles nous ont rejoint et tout se passe nickel. »

Faut pas la chercher

Passer de l'autre côté de la barrière représente néanmoins un certain nombre de défis à relever, mais Jenny peut compter sur son expérience de joueuse pour y arriver. En première ligne, elle n'a jamais eu l'habitude de reculer face à l'adversité.

"Là, je peux dire à la première ligne que j'étais à leur place avant et qu'elles ne peuvent pas me gruger..."

Jenny Davies

« Des fois vous allez parler à l'arbitre et il va admettre qu'il ne sait qui il va pénaliser en première ligne. Ça avait le don de m'énerver quand j'étais joueuse, parce que je me rendais compte qu'on avait beau passer des années à travailler pour tenir sa position et que malgré ça l'arbitre n'était pas très sûr de sa décision. Là, je peux dire à la première ligne que j'étais à leur place avant et qu'elles ne peuvent pas me gruger... »

Parmi les meilleurs moments de sa carrière, Jenny Davies cite le Principality Stadium quand elle a gagné le Triple Crown avec le pays de Galles, mais aussi les tournées dans le monde entier. A présent, le plus haut niveau dans lequel elle est amenée à arbitrer est en Division 2 Nord... Mais c'est un début.

« Honnêtement, je suis heureuse de continuer à apprendre et de voir où ça va me mener », admet-elle. « Mes pairs me disent que je suis bonne à ce que je fais. Ils me donnent pas mal de conseils. Quand j'ai un souci après un match, je sais que je peux les appeler et qu'ils me donneront les conseils qu'il faut.

« J'attends encore d'avoir les bons réflexes, comme où et comment me positionner. Quand vous voyez les mecs au très haut niveau, ils le font de manière instinctive. Je voudrais devenir l'arbitre que j'aurais aimé avoir quand j'étais joueuse. »

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Photos : Omega Photography