Giselle Mather a été championne du monde de rugby. C'était en 1994 avec l'Angleterre. Elle connaît aujourd'hui un nouveau chapitre de ses multiples vies en entraînant les Wasps Ladies, équipe qu'elle a emmenée vers le titre de championnes du Premiership coup sur coup, en 2003 et 2004.

Sur son CV bourré d'expérience, on note aussi une ligne sur Teddington qu'elle a entraîné sur une série de 63 matches sans défaite, une autre sur la version féminine des Barbarians qu'elle a entraîné une fois et une dernière sur les dix ans à travailler sur les groupes de développement de joueurs élite avec les London Irish.

Au cours de cette décennie 2005-2015, elle aura passé sept années à mener le programme AASE du club auprès de Alex Corbisiero, Joe Cokanasiga, Jonathan Joseph, Tom Homer, Dave Sisi, Marcus et Anthony Watson qui faisaient alors partie des juniors.

Mais pendant la pandémie, c'est une toute autre tache qui a attendu Giselle. Elle a été forcée de s'adapter aux nouvelles contraintes imposées par le confinement avant de revenir sur les terrains lorsque celui-ci a été levé.

« Ça m'a vraiment obligé à sortir de ma zone de confort », admet-elle dans une interview à World Rugby. « C'est incroyable les différents challenges auxquels j'ai dû faire face en tant que directrice du rugby pendant cette période compliquée. Je n'avais jamais rien connu de comparable.

« Il fallait voir le nombre de décisions que le gouvernement devait prendre, puis que mon organe directeur devait prendre à son tour avant que moi-même je sois autorisée à prendre une décision ! Ça a été vraiment difficile parce que mon principal défaut est généralement d'écouter avant de prendre ma décision et de consacrer ensuite toute mon énergie à ce que cette décision soit appliquée.

« Et là, je ne pouvais pas fonctionner comme ça. Je devais avoir un plan A, un plan B, un plan C et un plan D sur le feu en même temps. Remarquez, c'était quand même très intéressant ! »

Le défi de rester connecté

Alors que le confinement était généralisé au Royaume-Uni, l'une des préoccupations de Giselle Mather a été de rester connectée avec son groupe. En temps normal, les Wasps Ladies s'entraînent les mardi et jeudi soir et jouent le week-end. La directrice du rugby a alors décidé de conserver ces plages horaires dans l'agenda de ses filles.

Grâce aux visioconférences, le groupe a ainsi pu communiquer ensemble, échanger, notamment avec les coaches de manière individuelle... ou encore se lancer dans des concours de cuisine !

« Chaque semaine, nous lancions un nouveau défi », raconte Giselle Mather à World Rugby. « Ce n'était pas obligatoire, il n'y avait aucune pression, mais beaucoup ont participé. Et au final, a) j'ai eu l'occasion de connaître encore mieux mes joueuses, ce qui est quelque chose de très précieux pour un entraîneur, b) je pense que nous sommes désormais encore plus soudées qu'avant, au moins d'une manière plus profonde qu'on ne l'a été, c) lorsqu'on s'est toutes retrouvées, tout le monde était très, très heureux de se revoir parce que nous étions restées en contact étroit. »

A la fin du mois de juillet, les clubs de Premiership ont eu le feu vert pour reprendre les entraînements. Mais malgré une reprise traditionnelle, Giselle Mather assure qu'elle va conserver une partie des méthodes qu'elle a appliquée pendant le confinement.

Elle a notamment participé à l'académie virtuelle de haute performance de World Rugby et a mis à profit la visoconférence pour mener des webinaires avec des participants du monde entier. Elle est d'ailleurs aujourd'hui convaincue que cette technologie peut l'aider dans l'analyse de la performance des Wasps Ladies.

« Désormais, ça va me permettre, une journée comme le lundi par exemple, de me connecter avec quelques joueuses pour débriefer avec elles leurs performances du week-end, sans que l'on soit obligées de se retrouver dans la même pièce », dit-elle.

« On n'aurait besoin que d'un quart d'heure pendant le déjeuner pour faire ça. Ce serait génial et ça renouvellerait complètement notre manière de communiquer et de travailler ensemble avec les joueuses autour de la performance. »

Être la bonne personne pour le poste

Aux Wasps, Giselle Mather travaille actuellement avec deux autres entraîneures, Laura-Jane Lewis et Laurissa Robson. Est-ce pour elle l'occasion de former une plus jeune génération pour prendre les rênes plus tard ?

« Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je ne suis pas pour que le travail soit obligatoirement confié à des femmes. Elles doivent en revanche se révéler les meilleures personnes pour faire le job », nuance Giselle.

« Et en ce sens, vous pouvez préparer les filles à devenir incontournables pour remplir cette fonction. C'est pour cela que les personnes qui travaillent autour de nous, pour nous, sont celles que l'on prépare à prendre la suite.

« LJ Lewis par exemple est une entraîneure de niveau 4 avec qui je travaille. Elle est super et elle est en charge de nos avants uniquement parce qu'elle le mérite. Elle est extra, elle a un super relationnel avec les filles, elle pense à tout tout le temps, elle aime les mettre en difficulté, et me mettre aussi en difficulté, ce qui est génial.

« Sans conteste, elle est la meilleure personne à ce poste. Et il y a beaucoup de femmes aujourd'hui qui prouvent que le genre ne fait pas tout dans le coaching. »

Fière de tous les efforts consentis

Du temps où elle était entraîneure à temps plein avec les London Irish, Giselle Mather a vu évoluer quatre des anciens joueurs qu'elle a retrouvé sur la Coupe du Monde de Rugby 2019. Dave Sisi par exemple, qui a été le premier joueur à intégrer son programme à cette époque-là, a joué avec l'Italie au Japon en 2019. Joe Cokanasiga, Jonathan Joseph et Anthony Watson ont fait quant à eux partie du squad anglais d'Eddie Jones – les deux derniers ont d'ailleurs disputé la finale contre l'Afrique du Sud.

« J'ai été très fière de jouer un rôle dans leur parcours et de les voir réaliser leur rêve. Et quand j'y pense, oui j'étais déjà convaincue à cette époque que ces joueurs-là pouvaient faire quelque chose », dit-elle.

« A voir tout le travail qu'ils ont mis, tout le temps qu'ils ont passé, tous les efforts qu'ils ont consentis dans leur parcours et les regarder ensuite sur la plus grande scène au monde, alors oui vous vous sentez fière d'eux. Je suis quelqu'un qui croit beaucoup aux vertus du travail, que si vous travaillez dur, vous y arriverez. Vous devez vous accrocher, être résilient.

« Et je connais évidemment les différents types d'obstacles que certains d'entre eux ont rencontrés quand ils étaient plus jeunes, je sais ce qui aurait pu les écarter ou les faire dévier du chemin sur lequel ils se trouvaient, et comment ils ont réussi à passer outre. »

Giselle Mather aussi a réussi à passer outre certains challenges et à avancer malgré les contraintes imposées par la pandémie. Et ça a marché.

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