Décrocher une médaille chez soi est le Graal pour tout sportif du Japon durant les JO de Tokyo. Mais Kensuke Iwabuchi, l'entraîneur de l'équipe de rugby à 7 hommes du Japon, voit plus loin : implanter durablement une vraie culture du 7 dans son pays.

Durant un temps président de la Japan Rugby Football Union (JRFU), Kensuke Iwabuchi espère que le Sevens suivra les glorieuses traces du XV. « Les JO est notre objectif principal pour l'équipe. J'aimerais jouer avec nos joueurs et gagner une médaille serait notre but », dit-il.

Il se souvient qu'à Rio les Japonais avaient terminé au pied du podium ; un résultat remarquable en 2016. Il était alors manager de l'équipe nationale et se trouvait avec tout le monde au Brésil. D'où son souvenir doux-amer d'avoir le sentiment d'être passé pas loin d'une médaille.

« Le JO ne sont pas une fin en soi car ça va continuer après », assure-t-il. « La fédération a besoin de développer la pratique du Sevens en profitant de l'impact des JO de Tokyo. Ainsi, nous pourrons avoir plus de joueurs et implanter une culture du 7 dans le paysage rugbystique japonais qui est surtout focalisé sur le XV. »

Car tout ce qui touche au rugby au Japon tourne autour du XV. Et même si certains joueurs lorgnent sur le Sevens, tous les joueurs du 7 jouent en Top League et l'équipe nationale doit composer avec l'activité des clubs. Mais sans cette collaboration étroite, ces joueurs ne seraient pas disponibles.

Une vitrine pour le 7

Grâce à la Coupe du Monde de Rugby 2019, la perception du rugby sur le marché national a complètement changé. Les Brave Blossoms se sont qualifiés pour les quarts de finale pour la première fois de leur histoire pour le plus grand plaisir de leurs fans. Le tournoi a rassemblé plus de 1,7 million de spectateurs et, à la TV, le dernier match de poule entre le Japon et l’Écosse a mobilisé 53,7% de l'audience ce jour-là.

La saison 2019-2020 de Top League, qui a commencé en janvier avant d'être interrompue en cours de route, a profité de cet engouement, attirant en moyenne 11 366 fans dans les stades à chaque rencontre, soit près du double de la saison passée (5 153 en moyenne). La plus grosse affluence a été observée au Toyota Stadium lors de la deuxième journée avec 37 050 spectateurs.

Même au niveau de la participation le changement s'est bien fait sentir à la JRFU. En mars 2020, on comptait 2 800 joueurs de plus âgés de 6 à 12 ans, soit autant que sur toute l'année 2019. Un chiffre à ajouter à celui qui a suivi juste après la RWC 2019.

« C'est vrai qu'avoir eu la Coupe du Monde de Rugby 2019 ici a eu un impact incroyable et nous a permis de partager le rugby, que ce soit à pratiquer ou à regarder », souligne Kensuke Iwabuchi, en espérant que les JO aient autant d'influence sur le rugby à 7 japonais.

Il faut également noter que le HSBC World Rugby Sevens Series – qui détient un tournoi féminin mais pas de tournoi masculin au Japon - est un événement important pour le Sevens nippon, bien que l'équipe masculine oscille souvent entre promotion et relégation.

Néanmoins, d'autres tournois de Sevens ont vu le jour. Lancé en 2014, le championnat Asics Cup High School Sevens Rugby a aidé l'équipe masculine jeune de rugby à 7 à décrocher le bronze aux JO de la Jeunesse en 2018. L'équipe nationale hommes et l'équipe nationale femmes a en plus gagné l'or aux Universiade Games en Italie l'année dernière. De plus, les Sakura Sevens – l'équipe féminine de rugby à 7 – a remporté les cinq dernières éditions du Asian Rugby Women’s Sevens Series.

« Notre équipe nationale a eu l'occasion de développer son jeu grâce aux différents championnats et c'est heureux que les joueurs puissent avoir de tels objectifs à remplir durant la saison », assure l'entraîneur. « Et avec les JO qui arrivent, nous aimerions aller encore plus loin. Si nous manquons cette opportunité, ce sera très difficile d'arriver à nos fins et d'avoir quelque chose encore plus grand que les JO. »

Le Sevens féminin cherche à séduire

Hitoshi Inada, l'entraîneur de l'équipe nationale féminine, n'en pense pas moins. « La Coupe du Monde de Rugby l'an passé nous a apporté beaucoup de choses, notamment pas mal de jeunes qui voulaient jouer au rugby, mais ça n'a pas encore eu d'impact sur le rugby féminin », concède-t-il. Sur les 22 000 joueurs entre 6 et 12 ans licenciés auprès de la JRFU, seuls 10% sont des filles.

« Avec ce que vont faire les Sakura Sevens aux JO, on espère bien séduire plus de jeunes filles pour qui le rugby peut être cool à pratiquer », insiste Hitoshi Inada. « On attend beaucoup des JO car c'est la compétition qui rassemble les meilleurs au monde. En ce qui concerne le rugby, seules les joueuses de rugby à 7 peuvent jouer avec seulement 12 joueuses par équipe sur le tournoi féminin. Je pense qu'on peut faire encore beaucoup pour développer le rugby féminin. »

Depuis la fin du mois de juin, l'équipe masculine de rugby à 7 a repris les entraînements avec un groupe restreint de futurs Olympiens. Les filles pourront recommencer à s'entraîner en août.