En février 2020, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) a lancé un vaste programme relayé par le hashtag #PlaquonslHomophobie. L'idée était alors de mobiliser les forces de la communauté rugby et les médias afin de « plaquer l'homophobie », grâce à des actions de terrain construites en partenariat avec un magazine (Têtu) et une banque (la Société Générale).

« Les 30 clubs professionnels et leurs 1 500 joueurs dans les clubs et en centre de formation, présidents, entraîneurs participeront notamment à des ateliers #PlaquonslHomophobie pour porter une culture inclusive sur le terrain et, par rayonnement, dans la société », indiquait alors la LNR.

Malheureusement, quelques semaines après, la pandémie de COVID-19 a balayé l'annonce et relégué au seconde plan ce combat légitime. Car aujourd'hui, malgré une importante communication mondiale visant à lutter contre toute forme de discrimination, l'homophobie semble bien ancrée dans le paysage. Pire, faire son coming-out reste un immense tabou et peu de personnes dans le milieu rugbystique osent encore l'annoncer.

L'ancien Toulousain (2004-2007) et international gallois (100 sélections) Gareth Thomas avait attendu d'être en retraite et de publier son autobiographie « Fier » (2014) pour faire son coming-out. L'arbitre international Nigel Owens ne l'a pas caché non plus. Mais encore aujourd'hui, rares sont les exemples où la parole est libre.

« Le sport est un lieu d’éducation et d’expérimentation du vivre-ensemble, particulièrement le rugby qui fait de la différence une force collective », rappelait pourtant Paul Goze, le président de la Ligue. « Ce qui marche sur un terrain et au sein d’une équipe marche aussi dans la société ou dans une entreprise. Avec beaucoup d’humilité et de détermination, nous voulons que les jeunes rugbymen deviennent des ambassadeurs de leur sport et du vivre-ensemble. »

Le paradoxe du sport du « vivre-ensemble »

Pour accompagner son programme, la LNR s'est basée sur une étude « Rugby et homophobie : quelles réalités ? » menée auprès de 385 joueurs et membres de staff des clubs professionnels -Top 14 et Pro D2) – 96% d'hommes et 4% de femmes.

Il en ressort que si 95% des répondants proclament que « le rugby symbolise le sport du vivre-ensemble », ils sont 87% à reconnaître que « il n’est pas facile d'être un joueur de rugby homosexuel ».

Parmi les freins pour libérer la parole, la crainte d’un « traitement différent » en cas de coming-out. Trois personnes sur quatre estiment même qu'il est toujours difficile d'en parler. Un paradoxe dans ce « sport du vivre-ensemble » où 47% estiment que l'homosexualité n'est pas un problème au rugby.

Il s'avère que le sport est victime de son image et y reste enfermé. Le machisme et la virilité restent des stéréotypes forts qui lui collent à la peau et empêchent toute volonté d'en sortir.

"87% des rugbymen reconnaissent que « il n’est pas facile d'être un joueur de rugby homosexuel »"

« C'est extrêmement important de se sentir à l'aise avec sa sexualité, sentir en droit de pouvoir se rendre où on veut, de pratiquer le sport que l'on veut sans barrière », insistait le parrain et international (62 sélections) Yoann Maestri lors de la soirée de lancement de cette vaste opération.

Un plan ambitieux

La LNR devrait donc poursuivre sa campagne de sensibilisation auprès de trois structures identifiées : dans les centres de formation, dans les stades et sur les réseaux sociaux. Une trentaine d'ateliers « Plaquons l'homophobie » seront animés par le magazine Têtu à destination de la famille rugby professionnelle (présidents, joueurs professionnels et du centre de formation, staffs…) soit plus de 1 500 sportifs.

Lorsqu'il reprendra, une journée de championnat inclusive sera décrétée et dédiée à la lutte contre l'homophobie pour le TOP 14 et la PRO D2 (elle devait avoir lieu au mois de mai). La promotion de la charte de lutte contre l'homophobie du Ministère des Sports sera relayée à grande échelle.

« Le sport n'est pas en dehors de la société donc oui c'est un sujet qui nous concerne. Le rugby c'est l'acceptation de la différence, c'est dans l'ADN de ce sport, où une équipe est composée de plein de gabarits. C'est un sport particulièrement adapté pour parler de diversité », insiste Paul Goze qui espère que, d'ici à quatre ans, les joueurs puissent « parler librement de leur orientation sexuelle dans les vestiaires, si celle-ci est différente de ses coéquipiers. J'ai bon espoir qu'on puisse faire évoluer les mentalités. »