En ce moment, Élodie devrait être aux États-Unis avec les moins de 20 féminines. USA Rugby devait en effet accueillir un Tournoi des 4 Nations à Atlanta avec les U20 féminines qui devait initialement démarrer le 25 juin. Car oui, à l'instar de l'Angleterre, du Canada et des États-Unis, la fédération française de rugby possède un solide effectif de féminines moins de 20 ans ; même si celui-ci n'est pas champion du monde...

« Les filles étaient excitées d'y aller », confirme Élodie Poublan, leur entraîneuse. Mais la pandémie a rebattu les cartes et jeté ce projet aux oubliettes. Sera-t-il reporté à l'année prochaine ? Aujourd'hui, nul ne le sait. Mais ce qui est sûr, c'est que pour cette classe d'âge, les rencontres internationales sont trop peu nombreuses chez les filles.

« Il n'y a pas grand-chose car en Europe il n'y a pas d'équipe en dehors de l'Angleterre. Les meilleures U20 montent directement chez les grandes », constate Élodie. « Le rugby féminin évolue très vite et beaucoup de filles sont déjà montées dans le XV de France très rapidement. On a un vivier énorme et les passerelles existent. »

La saison démarre avec le Top 100

La saison des U20 féminines est rythmée en trois. Un « Top 100 » au mois de novembre à Marcoussis qui permet de rassembler une centaine de filles issues des quatre ligues de rugby féminin de France, sous l'égide de Thomas Darracq, responsable du Top 100 féminin. En début d'année, un « Top 35 » prépare la double confrontation du mois de mars contre l'Angleterre. « En 2019, on a gagné », sourit Élodie. Et puis plus grand chose jusqu'en novembre, si ce n'est un Super Series annulé aux États-Unis...

Mais le modèle, pas encore établi et gravé dans le marbre comme chez les garçons, reste fragile et soumis à d'autres aléas. « Il faudrait que ça puisse se pérenniser dans les

"Pourquoi pas un jour un Championnat du Monde des U20 filles ?"

Elodie Poublan

prochaines années et surtout que ça se développe dans les nations européennes. Pourquoi pas un jour un Championnat du Monde des U20 filles ? », se met à espérer Élodie Poublan.

L'envie de transmettre

L'ancienne arrière et centre du XV de France, formée à Mons puis Montpellier, avait décidé de mettre un terme à sa carrière internationale après 70 sélections en novembre 2018. « 70 sélections... Je ne me rends pas compte... C'est un chiffre... C'était ma passion ; j'ai toujours eu autant de plaisir au début qu'à la fin », souffle-t-elle.

Depuis longtemps elle vivait le rugby au quotidien jusqu'à ce que son corps et son esprit lui imposent un break. « J'étais en saturation totale, j'avais besoin d'un stop », admet-elle. « Je commençais à m'essouffler, j'avais besoin de quelque chose, d'un nouvel élan. »

Élodie passe ses diplômes et devient entraîneuse. Montpellier lui confie ses filles. « Je me suis régalée », sourit-elle. Toujours sur les terrains, mais plutôt en retrait, à la manœuvre, Élodie a trouvé sa voie si bien que lorsqu'on lui propose les U20 nationales, elle n'hésite pas et saute sur l'occasion.

« J'ai le rugby dans le sang, j'ai envie de transmettre », assure celle qui n'aime pas parler d'elle. « En fait, je n'ai jamais eu l'habitude de parler de moi. » Pourtant, lorsqu'elle est passée entraîneuse des U20, elle avoue avoir ressenti un choc...

Idole malgré elle

« Soudain, les filles venaient me voir en me disant qu'elles étaient intimidées de me parler », s'étonne encore la trentenaire. « Je leur disais pourtant que j'étais comme elles, que je n'étais que moi. Mais elles me répétaient que j'étais quand même quelqu'un. Ça m'a vraiment fait bizarre. Je ne m'apercevais pas de l'impact que je pouvais avoir. Quand j'ai arrêté de jouer, pour moi c'était déjà de l'histoire ancienne. Mais finalement, avec le retour de ces jeunes, je m'aperçois que j'ai marqué une génération. C'est assez cool, en fait... »

Qu'elle le reconnaisse ou non, Élodie a été – et est toujours – une source d'inspiration pour toutes ces filles qui s'épanouissent dans le rugby. « Aujourd'hui, les idoles sont plus Romane Ménager, Pauline Bourdon, Safi N'Diaye et toutes ces petites jeunes qui ont percé. En fait, elles sont de la même génération. Et en plus, ce sont de belles personnes », constate Élodie.