Charity Williams a plutôt l'habitude de se produire dans des stades pleins à craquer et de ne pas trembler. Mais au début du mois de juin, elle avoue avoir eu un petit pincement au moment de prendre la parole en public à Victoria, en Colombie-Britannique. On lui avait demandé de s'exprimer à l'occasion d'une marche pour la paix avec pour toile de fond le mouvement Black Lives Matter. C'est sa coéquipière Pam Buisa qui avait co-organisé la marche et lui avait demandé de s'exprimer.

Âgée de 23 ans, la médaillée de bronze aux JO de Rio en 2016 n'a pas eu le temps de préparer son texte avant de prendre le micro devant 9 000 personnes. Plusieurs autres milliers l'ont écouté en direct sur Internet. A tous ces gens, Charity a parlé avec son cœur et ses tripes de son enfance qui lui avait été niée à cause du racisme dont elle a été victime déjà toute petite.

« J'étais un peu nerveuse », raconte Charity Williams à World Rugby. « Je me souviens m'être approchée du micro, avoir regardé ces milliers de gens face à moi, mais je ne voyais aucun visage ; j'étais terrifiée. Je n'avais rien préparé, c'est juste sorti comme ça. Et malgré ma nervosité, il fallait que je fasse passer mon message. Et plus vous parlez, plus vous vous sentez vulnérable. Mais plus ça vient, plus les mots sortent et peu importe combien de gens vous regardent. »

Le sentiment de parfois se sentir seule

Son discours n'est pas passé inaperçu au regard des messages de soutien qu'elle a reçus après coup. « Rien que ça c'était génial », dit-elle. « C'est tellement dur de partager la vérité, surtout à des milliers de gens. Et savoir en plus que les gens vous ont écouté et veulent changer les choses, ça m'a remplie d'espoir pour la suite. »

En tant que seule membre de couleur de l'équipe du Canada qui a terminé troisième aux JO de Rio en 2016, Charity avoue qu'elle s'est parfois sentie seule et isolée avant que Pam Buisa ne rejoigne le groupe. Néanmoins, elle s'est sentie intégrée en Colombie-Britannique et est convaincue que le sport peut aider à changer les choses dans le bon sens.

« Le plus important, c'est que les gens parlent. On doit savoir et pouvoir communiquer entre nous et ça, ça va au-delà du sport. Je pense que le rugby en particulier peut servir à ça parce que c'est un sport qui se développe très vite, qui séduit beaucoup et qu'il nous donne une bonne occasion de nous rapprocher les uns des autres », dit-elle.

Chariry est heureuse de travailler au côté du directeur général de Rugby Canada Allen Vansen pour établir la politique anti-racisme de la fédération. Dernièrement, elle a réuni un comité de cinq de ses coéquipiers, hommes et femmes, afin de donner une voix aux joueurs de rugby canadiens issus des minorités.

« Je pense que les choses vont dans la bonne direction. On discute peut-être une à deux fois par semaine et ça dure déjà depuis un moment. On essaie de relayer la parole des autres sportifs », explique-t-elle.

Une forte motivation

L'engagement de Charity Williams dans le mouvement Black Lives Matter a pris une nouvelle dimension pendant la pandémie de Covid-19. Les joueurs et joueuses du Canada n'ont pu revenir sur les terrains que depuis une semaine, mais les restrictions restent en place afin d'éviter de propager le virus.

Charity reconnaît qu'il est difficile de rester motivée lorsqu'on ne sait pas quand aura lieu le prochain tournoi et le fait que l'équipe était dans une bonne dynamique – après une troisième finale en quatre tournois à Sydney – ne fait que renforcer son sentiment.

« Je pense qu'on monte en puissance. Si ça avait continué, je pense qu'on aurait atteint notre pic au moment des JO et tout aurait été parfait pour nous », sourit-elle, en espérant pouvoir disputer quelques matches en juillet et août.

« J'ai confiance en cette équipe parce qu'on a toujours su se relever. Nous devons toutes composer en même temps et être là chaque jour. Rien ne nous résistera car nous sommes une équipe talentueuse. On a un bon noyau, une base solide, des jeunes avec nous qui veulent se faire un nom elles aussi. Donc oui, je pense vraiment que tout ira bien. Honnêtement, je pense qu'on se débrouillera très bien aux JO. »