Tony Gillings, le fondateur de Rugby Belize, a de grandes ambitions pour ce petit royaume des Caraïbes de plus de 385 000 habitants. C'est là que l'Anglais d'origine a choisi de venir vivre en 2015 après avoir vaincu un cancer des testicules. Là, dans cette petite enclave d'Amérique centrale, monarchie du Commonwealth qu'il a découverte il y a 38 ans alors qu'il venait passer une mission de douze mois pour la Royal Air Force.

Depuis, il ne compte plus ses heures avec la ferme ambition d'y développer le rugby en partant de zéro. Aujourd'hui, grâce à ses efforts, le rugby est le 7e sport le plus pratiqué du pays. Il compte deux équipes nationales, six équipes masculines, une équipe féminine et près de 300 jeunes licenciés.

Suivre le modèle fidjien

En août 2019, Rugby Belize est devenue officiellement membre associé de Rugby America North (RAN). Mais Gillings ne compte pas s'arrêter là. Son modèle : Ben Ryan, celui qui a porté les Fidji au plus haut de la planète Sevens, en lui offrant la médaille d'or aux JO de Rio en 2016.

Le plan de Tony Gillings tient sur quatre ans et vise rien de moins que la qualification olympique pour les JO de Paris 2024. « J'espère qu'on aura une équipe aux JO de Paris », confirme Tony Gillings à World Rugby.

« D'accord, aujourd'hui ça peut paraître sans doute un peu utopique, mais quasiment tout ce que j'entreprends pour le rugby à Belize s'inspire de ce qui s'est passé aux Fidji. D'abord parce que les Fidji et Belize se ressemblent, ne serait-ce que sur le plan économique. Ensuite, parce que Belize a participé à tous les Jeux Olympiques, comme les Fidji, sans gagner la moindre médaille.

« C'est pour cela que j'essaie de motiver les jeunes à s'engager, à monter une équipe ensemble, à essayer de nous qualifier, à y aller et à offrir une première médaille olympique à Belize ! »

Le moment de changer de vie

Pour ce faire, Tony Gillings – qui siège également au comité olympique de Belize – entraîne l'équipe jeune du pays et ne cesse de prêcher la bonne parole du rugby partout où il se déplace.

« Je passe la plupart de mon temps à parler du rugby aux gens et d'essayer d'attirer le plus de monde possible à ce sport », explique-t-il.

Lorsqu'il a quitté les Caraïbes après sa mission avec la Royal Air Force, il s'était juré d'y revenir un jour. Mais pendant les trente années qui ont suivi, il n'a pas été plus loin que Dublin. C'est là qu'il a noté un jour d'intenses douleurs aux testicules. Le lundi matin il consultait le médecin et le mardi on lui diagnostiquait un cancer. Le soir même il rentrait à l'hôpital pour y être opéré le lendemain.

« Si je n'avais pas été à l'hôpital ce soir-là, ça aurait été trop tard », raconte-t-il. « Quand vous vivez ce genre d'épreuve, vous vous demandez ce que vous avez réalisé dans votre vie. Qu'est-ce que vous avez fait ? Et là j'ai réalisé que je n'avais en fait pas fait grand chose. Alors oui, il fallait changer ma vie. »

Après son divorce, plus rien n'empêchait Tony d'honorer sa promesse de revenir à Belize. Il effectue deux voyages en 2014, se lie d'amitié avec les autorités de Belize City et plante les graines de son programme rugby qu'il compte bien faire pousser. C'est à ce prix qu'il reviendra de manière permanente.

Planter les graines

En 2015, Tony Gillings fait ses valises. Il quitte Dublin avec sous le bras des kits de Get Into Rugby (GIR), direction Belize. Là-bas, on confond le ballon ovale avec le ballon employé dans le football américain que l'on suit passionnément à la télé.

« J'ai dû expliquer aux gens que ça, ça s'appelait le rugby », rigole-t-il aujourd'hui. « En l'espace de deux semaines, les samedis et les dimanches, j'avais déjà deux petits groupes d'enfants à qui je dispensais les bases dans des parcs. Et tout est parti de là. »

Au bout d'un an, Belize a disputé son tout premier match international de rugby à 7 contre le Guatemala. Depuis, trois éditions du championnat national ont eu lieu.

En 2018, Gillings a même réussi à faire rentrer le rugby en prison, pour une durée de huit semaines, à destination des jeunes délinquants. Un programme similaire devait être lancé au printemps auprès des hommes, mais la pandémie de Covid-19 a repoussé l'expérimentation à la fin de l'année.

« Si vous saviez combien je suis fier de ce que le rugby a apporté à Belize ! », s'enthousiasme le coach. « Regardez... En moins de cinq ans, on a déjà six équipes solides, on rejoint l'organe régional de rugby en tant que membre associé et on a réussi à développer un programme en milieu carcéral. Beaucoup de gamins savent maintenant ce qu'est le rugby alors qu'avant ils n'y connaissaient absolument rien ! » Prochaine étape : Paris ?