Président emblématique de la Fédération Française de Rugby (FFR) de 1991 à 2008, Bernard Lapasset a également été président de l'International Rugby Board en 1995-1996, puis de 2008 à 2016 au moment où l'IRB est devenu World Rugby.

Parmi ses faits d'armes, chacun est unanime pour lui co-attribuer la paternité de l'inscription – plutôt la réinscription – du rugby dans le programme olympique. Après deux tentatives en 2002 et 2005, le 9 octobre 2009, au terme d'un vote du Comité international olympique, il est acté que le rugby à 7 fera officiellement son entrée lors des Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, à la place du base-ball (retiré du programme après les JO de Pékin).

"Il fallait passer le message qu'on était un sport qui était taillé pour les Jeux olympiques."

Bernard Lapasset

« Ça n'a pas été une vraie bataille à mener contre le CIO », se rappelle Benard Lapasset qui avait ce jour-là à ses côtés la légende Jonah Lomu, qui a lui aussi porté de tout son poids la candidature. « Pour moi, ça a plutôt été un travail de reconnaissance. Il fallait passer le message qu'on était un sport qui était taillé pour les Jeux olympiques. Pour cela, il a fallu convaincre les membres du CIO qu'on était un sport discipliné... On avait laissé une image en 1924 – la dernière fois qu'on avait joué au rugby dans les Jeux olympiques à Paris – d'une grande bagarre entre les États-Unis et la France et il fallait faire oublier cette image-là.

« La discipline à 7 permettait de donner le meilleur du jeu avec une lecture rapide des règles. Un jeu instantané, créatif, qui demande beaucoup d'expérience personnelle, mais en même temps beaucoup de respect sur le jeu collectif parce qu'il faut faire la passe, aller plaquer l'adversaire, se relever. Il faut véritablement donner le meilleur de soi-même en peu de temps. Un match de rugby à 7, c'est deux fois sept minutes et dix minutes pour la finale. C'est vraiment de l'instantané et c'est ce que recherche le CIO : un sport pour que les garçons et les filles expriment le meilleur d'eux-mêmes dans le respect des règles du vivre ensemble. »

Le Sevens préféré au squash

En 2009, la Coupe du Monde de Rugby à 7 organisée au mois de mars à Dubaï se dote pour la première fois d'un tournoi féminin. Ça fait partie de la stratégie. « Je n'ai pas eu besoin d'exprimer beaucoup de combat, mais de simplement montrer par des images, par la parole qu'il a fallu porter à chaque membre du CIO, que nous étions un sport à l'image de la société d'aujourd'hui et ouvert pour les générations futures », admet Bernard Lapasset.

"Nous avons terminé premiers devant le golf. On a fait plus de voix que le golf alors que le rugby à 7 n'était pas connu !"

Bernard Lapasset

Sur un total de 90 votants, le Sevens recueille 81 votes positifs et huit négatifs. Le golf fait également son entrée avec 63 voix pour et 27 contre. « En finale nous n'étions pas favoris. Il y avait 6 sports : le rugby, le golf, le karaté, le squash, le softball et le base-ball », rappelle celui qui est aujourd'hui président d'honneur du comité d'organisation des JO 2024. « Nous avons terminé premiers devant le golf. On a fait plus de voix que le golf alors que le rugby à 7 n'était pas connu !

« Nous avons porté ce message des valeurs du jeu et avec cette liberté que l'on a en rugby de faire la fête sur le terrain pendant le match - parce qu'on s'amuse même pendant l'effort – et après le match avec cette troisième mi-temps off the field avec toutes les équipes. 

« Aujourd'hui le rugby continue sa vie. On est rentré dans la cour des très grands. Il existe aujourd'hui des façons nouvelles d'aborder le jeu, d'apporter la collaboration de toutes les équipes qui partagent les grands moments des grandes rencontres. Il y a un nombre très important de nouveautés dans l'approche du rugby et le rugby à 7 fait partie de ces images. Le rugby à 7, c'est la contribution de peu de personnes ; on a le sentiment que ça se joue à peu de choses. Et bien non, ça se joue à la continuité qu'il peut y avoir sur le terrain avec toutes les équipes de 7. »